Afrique du Sud : Quand la police assassine, ce sont des grévistes que l’on inculpe pour meurtre

La dépêche AFP du 30 août confirme l’ampleur du massacre commis par les forces de répression à l’encontre des travailleurs de la mine de Marikana le 16 août. Ainsi, le photojournaliste Greg Marinovich, qui a passé quinze jours à Marikana, a parallèlement affirmé jeudi sur le site d’information Daily Maverick que la plupart des grévistes tués par les forces de l’ordre l’ont été de sang-froid.


Après la fusillade en direct à la télévision, qui aurait fait une dizaine de victimes, « des policiers très armés ont pourchassé et tué les mineurs de sang-froid », écrit le photographe sud-africain.

« Une minorité a été tuée lors de l’événement filmé où la police dit qu’elle a agi en état d’autodéfense. Le reste a été un meurtre à grande échelle », certains mineurs ayant été abattus à bout portant, affirme-t-il.

Pourtant, ce sont les 270 mineurs arrêtés le jour où la police a ouvert le feu sur les grévistes qui ont été inculpé pour meurtre ce jeudi 30 août. En effet, comme l’indique la dépêche AFP, un tribunal de la banlieue de Pretoria a formellement inculpé du meurtre de leurs 34 camarades abattus par la police les 270 mineurs arrêtés le jour de la fusillade du 16 août, en vertu d’une bizarrerie du code pénal sud-africain.

« La cour a inculpé aujourd’hui (jeudi) tous les mineurs de meurtre, conformément à la loi », a indiqué le porte-parole du parquet, Frank Lesenyego.

Cette clause légale prévoit que soient inculpées de meurtre toutes les personnes arrêtées sur le site d’une fusillade impliquant la police, que les victimes soient policiers ou non.

Le juge Esau Bodigelo qui les a entendus jeudi a fixé la prochaine audience au jeudi 6 septembre, le temps de vérifier leurs adresses –une gageure car la plupart d’entre eux vivent dans des bidonvilles– et a ordonné leur maintien en détention.

« Je comprendrais si le cas avait à voir avec le meurtre de deux policiers (tués dans les jours précédents, ndlr), mais les inculper pour la fusillade de la police sur leurs camarades est étrange », a réagi Vincent Nmehille, juriste à l’Université de Witwatersrand, s’étonnant de la façon dont le juge Bodigelo a interprété la loi.

Alors que les négociations sont en cours sur les hausses de salaires que revendiquent les mineurs de Marikana, la grève continue. Selon la direction de la mine, seuls 6,6% des 28.000 employés de la mine se sont rendus au travail jeudi.

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