Les Fralib ne lâchent pas leur usine

Ouest-France, 20 août 2012 :

Depuis septembre 2010, une centaine des 182 salariés s’opposent à la fermeture de cette fabrique de thé (Lipton) et d’infusions (l’Elephant). Dont Unilever a délocalisé la production en Pologne et Belgique.

Une forêt de drapeaux rouges et tricolores, des banderoles, un portrait de Che Guevara et une poignée d’ouvriers veillent au portail. On n’entre pas chez Fralib comme dans un moulin. Près des quais de marchandises, un terrain de volley et une table de ping-pong pourraient bien rappeler les vacances. Tout comme la douce odeur de thé qui flotte encore dans l’usine déserte et silencieuse depuis presque deux ans.

Mais sous le soleil d’août, la fabrique des infusions de l’Éléphant et des thés Lipton, propriété d’Unilever, n’est pas la grosse bête assoupie qu’on imagine.

Plans de sauvegarde de l’emploi annulés

L’oeil rouge des lignes de production continue de briller. Machines sous tension. Comme les quatre-vingts à cent salariés qui se relaient, nuit et jour, dans l’usine de Gémenos, près de Marseille. « On surveille, souffle Yves Baroni, opérateur, intarissable sur cette « boîte » qui l’emploie depuis 1997. Si on n’avait pas occupé l’usine, ils auraient déménagé les machines et on aurait tout perdu. Notre avenir, il est là, dans notre outil de travail. »

Yves Baroni et ses camarades de quart ont peut-être de bonnes raisons d’être un peu plus optimistes en cette mi-août. La Communauté urbaine de Marseille a décidé de racheter les terrains, les bâtiments et les machines pour 5,3 millions d’euros. Les salariés massés autour de la CGT planchent sur un projet de Scop (société coopérative ouvrière de production). Et deux cadres de l’agroalimentaire se penchent sur le dossier . « Les machines sont prêtes à être redémarrées, insiste l’opérateur. On a les techniciens, les graisseurs. En une semaine, tout peut être opérationnel. »

Le rugueux marathon des Fralib a démarré en septembre 2010. Quand Unilever décide de délocaliser en Pologne et en Belgique la production de Gémenos, de rayer l’usine provençale et ses 182 emplois. « Comment continuer quand on fabrique plus qu’on ne vend, dans un site qui est trois fois plus cher que Bruxelles ? », argumente Sophie Jayet, directrice des relations extérieures d’Unilever-France.

« Aucune raison économique valable »

À Marseille, c’est le choc. Social. Affectif, car la marque de l’Éléphant est purement marseillaise. « Aucune raison économique valable de fermer cette entreprise, cinglent Gérard Cazorla et Olivier Leberquier, les élus CGT. Ils veulent simplement faire plus d’argent pour distribuer plus aux actionnaires. Et aussi tuer progressivement notre marque. Les trois ans précédant la fermeture, on a bien senti qu’ils voulaient nous fragiliser. La qualité a baissé, les frustrations ont grimpé. »

Très vite, le syndicat va contester le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) d’Unilever. Les deux premiers sont annulés par la justice. Le troisième est actuellement en appel. Durant toute cette période, les salariés vivent sur les nerfs. Ils occupent une première fois leur usine de septembre à novembre 2011. Une seconde depuis le 11 mai dernier. Dans ce combat éreintant, stressant, 79 salariés ont préféré jeter l’éponge et empocher une prime de licenciement allant jusqu’à 90 000 €.

Le 25 mai, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a rendu visite à la centaine d’irréductibles accrochés à l’usine. Et relancé un dossier qui s’enlisait. Il y a juste un an, François Hollande, alors candidat à la présidentielle, avait promis, à Gémenos, d’empêcher la fermeture. Le président de la République recevra les Fralib le 31 août. Ils devraient lui rappeler cette promesse…

Une réponse à “Les Fralib ne lâchent pas leur usine

  1. Je trouve ça triste et beau a la fois de voir ses employés occuper l usine et la faire tourner!! Ce groupe est énorme et la délocalisation est inadmissible! Même avec des primes et des reconversions gemenos est en train de mourrir, et après quelle usine ? Il faut dire stop unilever est grand mais sans les employés l est il encore? Et si plus personne n achete les thés? Je tire mon chapeau a ces ouvriers et je croise les doigts pour que lipton reste en france ainsi que les autres produits unilever. Courage et grosse pensée au. Employés

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