PSA Rennes : « Demain, ça sera peut-être moi dehors ! »

Ouest-France, 27 juillet 2012 :

Ces derniers jours marqueront l’histoire de l’usine de la Janais. Le temps des têtes baissées est révolu.Hier encore, 2 500 salariés l’ont prouvé.

Les plus impressionnés, ce sont sans doute les salariés de la Janais eux-mêmes. Jamais ils n’avaient connu, depuis l’inauguration du site en 1961, de tels mouvements de protestation. « Il était effectivement temps que l’on se bouge », concède François, 30 ans de service à la marque aux chevrons. « Ce n’était pas dans la culture maison de l’ouvrir ou d’aller à l’encontre des projets de la direction. Chacun baissait la tête en espérant passer entre les gouttes. Aujourd’hui c’est fini. » Pourquoi ? « Parce que demain, ça sera peut-être moi dehors. »

Illustration, hier midi, avec le nouvel appel à manifester lancé par l’intersyndicale et la CGT. Près de 2 500 salariés y ont répondu. Ceux de l’équipe du matin relayés par ceux de l’après-midi. Des hommes et des femmes de la production mais aussi des bureaux, des services de développement et recherche, de la logistique…

Et une nouvelle fois, une vague humaine de blouses grises a convergé vers l’entrée de l’usine. « Il y a vraiment une prise de conscience collective de ce qui est en train de se passer », analyse Pierre Comtesse de FO métaux et l’un des porte-parole de l’intersyndicale. « Nous avons distribué aux salariés la liste des 1 400 postes qui vont être supprimés avec le détail service par service. Ce n’est pas que PSA Aulnay et Rennes qui vont être touchés. Ce sont directement eux ou celui qui travaille juste à côté. » Il ne s’agit plus d’un énième plan social général mais d’un plan qui risque d’avoir des conséquences directes sur leur emploi, sur leur vie, sur leur avenir et celui de leurs familles.

« Si on ne bouge pas… »

Alors bien sûr, hier, il y avait de nombreux syndiqués dans la manifestation. Au-dessus des blouses, des chasubles aux couleurs de FO, du SIA GSEA, de la CFE-CGC, de la CFDT, de la CFTC, de l’Unsa et de la CGT. Mais aussi énormément de non encartés. « Si on ne se bouge pas aujourd’hui, on aura que nos yeux pour pleurer demain », explique Annie, la cinquantaine. Elle avoue en avoir marre. « Depuis 2007, on nous a demandé de faire plein d’efforts. On a déjà vu plein de collègues partir. Pour en arriver là aujourd’hui alors que l’on a toujours donné le meilleur de nous-mêmes ! » Sa collègue d’atelier, juste à côté d’elle, opine de la tête même si elle dit avoir peur de parler à la presse. Des fois que la direction la reconnaîtrait et lui en tiendrait rigueur !

Toujours hier midi, les salariés ont donc écouté leurs représentants syndicaux prendre la parole à tour de rôle. Le terme qui est revenu le plus souvent : « Inadmissible ». Qu’il s’agisse du nombre de postes supprimés, de la baisse programmée de la production (110 000 véhicules en 2015), de la hausse des jours chômés et surtout de l’incertitude. « Les salariés ne vont pas lâcher l’affaire », promet Franck Mahy de l’Unsa.

Ce vendredi soir, l’usine fermera ses portes pour quatre semaines dans le cadre du traditionnel congé estival. Mais la rentrée s’annonce déjà chaude avec une échéance dans toutes les têtes. L’obtention, ou pas, fin octobre, d’un nouveau véhicule. « Si ce n’est pas le cas, on est mort », assène un salarié.

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