Insurrection minière en Espagne.

La Presse.ca, 9/07/2012 :

(Santa Cruz del Sil) Le gouvernement espagnol, qui est confronté à une grave crise économique, a mis le feu aux poudres il y a deux mois en annonçant une réduction draconienne des subventions versées aux mines de charbon du pays.

Les employés, portés par une longue tradition de contestation, multiplient les coups d’éclat pour forcer l’État à reculer, relate notre envoyé spécial.

Des affrontements entre les policiers et les manifestants ont eu lieu au cours des derniers jours dans le nord-ouest de l'Espagne. Les protestataires s'opposent aux coupes annoncées dans les subventions versées aux mines de charbon du pays.

Des affrontements entre les policiers et les manifestants ont eu lieu au cours des derniers jours dans le nord-ouest de l’Espagne. Les protestataires s’opposent aux coupes annoncées dans les subventions versées aux mines de charbon du pays.

Lorsque Jose Araujo a appris en mai que le gouvernement avait décidé de sabrer radicalement dans les subventions versées aux mines de charbon, son coeur n’a fait qu’un tour.

L’homme de 42 ans a décidé qu’il ne remonterait pas cette journée-là de la mine où il travaille à Santa Cruz del Sil, dans le nord-ouest du pays. Qu’il ne remonterait pas, en fait, tant que l’État n’accepterait pas de faire marche arrière.

«Ça s’est décidé très rapidement. Je n’ai prévenu ni ma femme ni mes enfants», confie en entrevue M. Araujo, qui s’est installé dans l’entrée d’une galerie secondaire avec six autres mineurs il y a plus de 45 jours.

Ils ont construit une table de bois et une petite plateforme de bois où sont disposés des matelas. Des petits radiateurs ont été installés pour chercher à couper l’humidité qui suinte des murs. Un canari nommé en l’honneur d’un politicien honni trône au milieu de leur local de fortune.

Les mineurs passent leurs journées à dormir, à jouer aux cartes ou à lire les journaux qui leur sont fournis par des collègues faisant l’aller retour pour leur apporter nourriture et soutien psychologique.

Pour se rendre jusqu’à eux, il faut emprunter une locomotive électrique qui s’enfonce tranquillement dans la mine sur une distance de près de trois kilomètres.

Lors de l’arrivée sur place de La Presse, l’endroit était envahi par une équipe de tournage venue immortaliser la performance d’une chanteuse espagnole portant son message de solidarité.

L’artiste n’est pas la seule à prodiguer son soutien aux mineurs protestataires, qui ont notamment reçu des dizaines de dessins de jeunes de la région.

Déterminés

Primitivo Basalo, un autre mineur enfermé, dit qu’il est déterminé à rester même s’il s’ennuie de ses enfants. Bien qu’ils puissent communiquer avec leurs proches par une ligne interne, il n’a pu parler avec sa fille depuis le début de l’occupation.

«Elle ne veut pas. Quand elle a su que je ne revenais pas à la maison, elle a crû que j’avais été blessé. J’ai été touché à un bras il n’y a pas longtemps alors ça lui rappelle de mauvais souvenirs», relate l’homme de 40 ans.

Comme ses collègues, il s’indigne de la coupure annoncée des subventions. «S’ils vont de l’avant, la mine va fermer et toute la région va mourir», souligne M. Basolo.

L’occupation est soutenue par l’entreprise qui exploite la mine. Son directeur, Enrique Fernandez, note que le gouvernement avait prévu, sous pression de l’Union européenne, de réduire graduellement les subventions au secteur jusqu’en 2018.

La décision d’accélérer la réduction de ces aides, qui doivent fondre de 300 à 110 millions d’euros (377 à 139 millions CAN) en 2012 plutôt que de 30 millions d’euros (37,7 millions CAN) comme prévu, bouscule le calendrier et risque de compromettre les investissements prévus pour moderniser les mines et assurer leur rentabilité. «Si le gouvernement maintient le cap, je pense que nous serons obligés de fermer», souligne-t-il.

Plusieurs initiatives

L’occupation souterraine des installations de Santa Cruz del Sil n’est qu’une des multiples initiatives lancées par les mineurs, en plus d’une grève générale, pour souligner haut et fort leur courroux.

Ils ont bloqué à plusieurs reprises des routes importantes, entraînant des confrontations musclées avec les forces de l’ordre qui ont fait plusieurs blessés. Des immeubles gouvernementaux ont aussi été occupés.

Une «marche noire» partant des régions du nord où sont concentrées les mines de charbon a parallèlement été lancée et doit arriver à Madrid mercredi.

Bien que des tensions soient apparues dans les rangs du gouvernement du premier ministre Mario Rajoy, l’État espagnol ne montre aucune intention de reculer. Le ministre de l’Industrie a répété récemment, à l’appui de la décision, que le gouvernement donnait plus de subventions pour quelques milliers de mineurs que pour l’industrie touristique du pays.

Les mineurs estiment «incompréhensible» que le gouvernement dise ne pas avoir d’argent pour préserver l’industrie mais soit capable en même temps d’avancer des dizaines de milliards d’euros pour renflouer les banques du pays. Ce sont plus de 25 000 emplois directs et indirects qui sont en jeu, selon les syndicats.

Convaincre la population

L’historien Ruben Vega pense que la fermeté affichée par le gouvernement envers les mineurs pourrait avoir pour objectif secondaire de convaincre la population espagnole qu’il ne sert à rien de lutter contre les compressions en voie d’être imposées en raison de la crise économique.

Depuis les années 30, les mineurs du charbon ont lancé plusieurs grèves importantes qui ont largement contribué à l’évolution des droits du travail en Espagne. Ils ont aussi contribué à la fin du régime fasciste de Francisco Franco.

Le conflit avec les mineurs prend donc un caractère symbolique et rappelle celui engagé par l’ancienne dirigeante anglaise Margaret Thatcher contre les mineurs de son pays dans les années 80.

«C’est la dictature du capital. Ce qu’ils n’arrivent pas à faire avec des armes, ils le font avec le capital», juge Jesus Prieto, un délégué syndical des mineurs.

Ruben Vega pense que les mineurs espagnols, malgré l’importance de la mobilisation, auront du mal à faire basculer l’État. Réduits en nombre, sans appuis politiques importants à l’échelle nationale, ils voient leur message noyé dans le flot de mauvaises nouvelles qui frappent la population. «J’espère me tromper mais je suis pessimiste», dit l’historien.

Jose Araujo ne veut rien entendre d’un tel dénouement et promet de ne rien céder. «On restera ici aussi longtemps qu’il le faudra», dit-il.

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