Damazan (47) : Grève à l’usine Xilofrance

Sud-Ouest, 1 juin 2012 :

Le mouvement est reconductible jusqu’à mardi. Les salariés laissent exploser leur lassitude.

La grève à Xilofrance a été décidée hier soir, impulsée par les deux syndicats, la CGT et la CFTC. Aujourd’hui, à l’usine de production de contreplaqué de bois de Damazan, le séchoir et le parc à bois ne tourneront pas. Sans ces deux ateliers, toute la production de l’usine est bloquée. Lundi matin, un rassemblement plus important est prévu devant le portail de l’entreprise. Motif officiel de la grève : l’absence de garantie que les salariés puissent toucher leur paye en juin, tant la trésorerie de l’entreprise est exsangue.

À trois jours de l’audience devant le tribunal de commerce, mardi, date jusqu’à laquelle la grève est reconductible, les salariés ne cachent plus leur désarroi. « Nous voulons montrer que les ouvriers ne se laissent plus faire », lance Romain. « Au début, la direction nous a bien baladés pour que l’on se motive et travaille. Là, d’un coup, tout s’écroule », fustige Aline, dans un sentiment d’incompréhension, de colère et d’amertume mêlés.

Négociations rouvertes

À l’incertitude de toucher leurs salaires, s’ajoute un avenir toujours flou. À la suite d’une réunion au sommet, hier après-midi, avec le cabinet du ministre du Redressement productif, la Caisse des dépôts et consignations a accepté de réexaminer les deux offres de reprise : celle du Landais Rolpin et celle du groupe Thébault, basé dans les Deux-Sèvres. Elle y a été quelque peu forcée par l’insistance des pouvoirs publics locaux : Matthias Fekl, vice-président du Conseil régional d’Aquitaine en charge de l’économie, de l’emploi et des entreprises, Pierre Camani, président du Conseil général et Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget. L’organisme financeur public se penchera notamment sur l’offre de Rolpin, qu’il avait estimé trop risquée en regard de la capacité financière du groupe. « Nous avons permis de rouvrir la négociation pour avoir un repreneur qui ne fasse pas un carnage sur le plan de l’emploi », se félicitait hier soir Matthias Fekl. « C’est important qu’on se donne le temps. » Mais le temps, l’entreprise n’a plus la trésorerie pour le prendre. « C’est une course contre la montre », admet l’élu régional.

Le réexamen par la Caisse des dépôts et consignations des deux offres, qui prendra évidemment plus de trois jours, signifie aussi que le tribunal de commerce risque à nouveau de renvoyer sa décision. Alors que les salariés, eux, voudraient en terminer. De quelque façon que ce soit.

« Savoir où on va »

« C’est un ras-le-bol, et de la fatigue », décrit Mohamed. « On ne sait pas où on va. C’est pesant », reprend José. « On est perdu » renchérit Aline, « on ne sait plus qui écouter ». « Et ça dure depuis septembre. » Certains ont encore espoir de sauver quelque chose du site et de ses 65 salariés. D’autres l’ont perdu. Mais tous s’accordent sur un point. Ils n’en peuvent plus d’attendre. À l’issue de l’audience de mardi, ils aimeraient « des réponses claires et précises ». « Nous craignons qu’ils repoussent encore l’échéance », lancent Jean-René Ledan et Sébastien Vechiarelli, respectivement délégué syndical CGT et représentant du personnel CFTC. Après un an de procédure, les ouvriers de Xilofrance, dans des situations financières peu solides, avec des crédits en cours, aimeraient « savoir ce qu’on fait, savoir où on va ». D’autant qu’ils ont le sentiment, que depuis septembre dernier « on se fait mener en bateau ». « Jusqu’à présent, nous n’avons que des garanties orales », relève Jean-René Ledan. Avec la grève, « on aura tout essayé » pour sauver quelques meubles d’une usine présentée, à sa création en juin 2010, comme une innovation dans l’industrie du bois.

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