Répression à Montréal : Près de 400 arrestations à la 30e manifestation nocturne

La Presse, 23 mai 2012 :

Déclarée illégale par le SPVM avant même son départ, la 30ème manifestation nocturne d’hier s’est avérée des plus pacifiques, jusqu’à ce que le SPVM barre la route aux manifestants et en encercle près de 400.

La manifestation s’était amorcée de façon très pacifique. Ils étaient 3000 à marcher dans les rues du centre-ville après avoir pris le départ dans leur fief, le parc Émilie-Gamelin.

Sur place, un petit groupe d’une quarantaine de marcheurs s’est constitué et a annoncé aux policiers qu’ils avaient un itinéraire.

Cela n’a pas donné grand chose puisque le commandant du poste de quartier 21, Alain Simoneau, a annoncé au groupe avant même le départ que leur manifestation était considérée illégale, en vertu du règlement municipal interdisant le port du masque et obligeant les manifestants à dévoiler leur itinéraire.

C’est donc dans la tension que s’est amorcée la marche, les policiers, bien visibles, étant victimes de tous les quolibets. Les manifestants craignaient une application rigoureuse de la loi 78 ou du règlement municipal.

Les policiers ont imposé une certaine forme de trajet au groupe. Par exemple, alors qu’ils marchaient sur Ontario, les militants ont vu Saint-Denis leur être bloqué des deux côtés par un cordon d’agents. Cela leur a valu de nombreuses railleries, sans plus.

Puis, l’atmosphère s’est détendue. De très nombreux feux d’artifice ont été lancés en rafale sur Sherbrooke et René-Lévesque. Peu de masques étaient visibles dans la foule.

La marche se déroulait de façon festive.

«J’ai fait cinq ou six manifs. Cette fois-ci, ça pas l’air d’être parti pour dégénérer», a commenté Christian, un des marcheurs étudiants.

Avant le départ, le SPVM a expliqué à La Presse qu’il était pour elle peu probable de faire appliquer la loi 78. Le règlement municipal sur le port du masque et les itinéraires donnerait à la police un rayon d’action suffisant pour contrecarrer les éventuels débordements.

Après plusieurs heures de marche, et après qu’un groupe de manifestants aux casseroles eut rejoint la marche principale, la manifestation a descendu Saint-Denis, vers le sud.

À l’angle de Sherbrooke, le groupe d’intervention attendait les marcheurs au sud, sur Saint-Denis.

La foule s’est mise en colère. Quelques manifestants ont lancé des bouteilles vers les agents.

Les hommes casqués ont chargé les premières lignes de manifestants plus téméraires.

Puis, des pelotons de la SQ et du SPVM se sont amenés dans tous les sens pour encercler la foule. Un avis de dispersion a été donné, mais au moins 350 personnes étaient déjà encerclées.

«J’essayais de me disperser, mais c’était impossible, ils bloquaient tous les chemins», raconte un manifestant qui dit avoir vu quelques petites bouteilles être lancées aux agents.

«Mais ils ont de grosses armures, ce n’était pas si dangereux que ça», dit-il.

«Même par les trottoirs, ils ne nous laissaient pas partir», raconte une autre.

La foule s’est alors mise à scander «on reste pacifiques».

Ils ont levé les mains en l’air avant de faire un sit-in entre les policiers, en attendant de se faire arrêter. Certains ont lu des poèmes. Des manifestants ont avisé les autres de garder le silence s’ils étaient questionnés.

Dans cette foule encerclée attendant son arrestation, des étudiants, des sympathisants de la cause, même quelques têtes bien blanches. Quelques rares cagoulés et deux ou trois fêtards éméchés récupérés à la sortie de bars au fil du trajet.

La foule était en colère, estimant que la police avait brisé une manifestation pacifique.

Un porte-parole du SPVM en entrevue au réseau RDI a expliqué que les manifestants avaient été arrêtés en vertu du règlement municipal contre l’attroupement illégal. Ils recevront un constat d’infraction. Parmi les manifestants pris en souricière, quelques-uns seulement feront face à des accusations criminelles pour avoir lancé des projectiles sur les policiers.

Résignés, la plupart des manifestants encerclés ont attendu leur arrestation dans le calme, en blaguant, et en revendiquant la justice.

«On ne la trouvera pas ici, la justice», a lancé un autre manifestant.

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