Nouvelle-Calédonie : l’homosexualité toujours taboue

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« Dans ma jeunesse, je n’ai pas assumé. J’ai menti aux autres et à moi-même. » Olivier Testemalle a aujourd’hui 49 ans et vit fièrement sa différence. Il est homosexuel et porte-parole de la cause en Calédonie. A travers l’association Homosphère, il aide une communauté qui souffre encore de stéréotypes au quotidien.

L’homophobie reste encore répandue en Nouvelle-Calédonie, et ce, vingt-deux ans après que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a banni l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Voilà pourquoi il apparaît important pour l’association de marquer ces Journées mondiales de lutte contre l’homophobie « par des actions simples, mais qui montrent que nous sommes là et que rien n’est gagné ».

Suicides. Sur le Caillou, l’hétérosexualité est toujours perçue comme la sexualité « normale ». Se situer en marge, c’est donc être déviant. Un climat d’homophobie peu propice à l’épanouissement. « Il est forcément plus facile de vivre son homosexualité si l’on est Européen et si l’on habite à Nouméa, estime Olivier Testemalle, pacsé depuis plus d’un an. En Brousse ou dans les îles, les choses deviennent plus difficiles. D’autant plus si l’on est Wallisien ou Kanak. Le poids de la coutume et leur vision de la religion, portée à l’intolérance, ne facilitent rien. » Voilà pourquoi Homosphère s’attache à prévenir les risques liés à l’homosexualité. Les maladies certes, mais surtout cet isolement, ce mal-être qui pousse souvent les jeunes homosexuels à commettre l’irréparable. « Les risques de suicide sont très élevés, souligne le président d’Homosphère citant une récente enquête de l’Inserm. En Calédonie, ils sont multipliés par sept chez les garçons homosexuels, par deux chez les filles. »

Amalgame. Des actes de désespoir encouragés par une justice qui peine à sanctionner les agressions « clairement homophobes », lance Olivier Testemalle avant de préciser : « Il est difficile de savoir si l’homophobie persiste sur le territoire tout simplement parce que peu de gens portent plainte mais parce que souvent que la justice n’est pas de notre côté. »

Plusieurs fois partie civile lors d’audiences au tribunal de Nouméa, Homosphère assure que le parquet a déjà « refusé de retenir des circonstances aggravantes soulignant le caractère homophobe d’une agression. L’acte devenant alors un délit commun. » Un parquet qui vient également de classer sans suite la plainte de l’association contre un syndicat faisant, « sur son site Internet, l’amalgame entre homophobie et pédophilie ».

« Changer le regard des gens est un travail de longue haleine. Il faut reformater la société, et donc toujours répéter les mêmes choses », note Olivier Testemalle, qui avoue n’avoir aucun mal à vivre son homosexualité à Nouméa où il n’existe pourtant plus de lieux publics communautaires. Le MV Lounge, boîte de nuit de la Baie-des-Citrons autrefois tenue par un couple homosexuel, souhaitant, aujourd’hui, de la bouche des vigiles, « diversifier sa clientèle ».

Ce soir, à 18 heures, Homosphère invite la population à un symbolique lâcher de ballons place des Cocotiers. « En Métropole, des marches de la fierté auront lieu jeudi. Mais nous avons opté pour une action moins provocatrice, admet Olivier Testemalle. S’afficher entraînerait un phénomène de rejet. »

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