Espagne : Les sans-papiers ont intérêt à ne plus tomber malade

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Un serveur au chômage a reçu une facture d’un montant de 20 797,39 euros pour l’opération du cancer de sa compagne chinoise sans-papiers. A partir du 1er septembre, pour pallier les déficits, les immigrés clandestins devront payer leurs soins de santé.

Fin 2011, Landi Fan, ressortissante chinoise, 52 ans, a appris qu’elle avait un cancer du rectum et des ovaires. Le 15 février 2012, la jeune femme a été opérée à l’hôpital général d’Alicante, même si elle n’avait pas de carte d’assurance maladie. Début mai, son compagnon Eduardo Guillamó a reçu un courrier du ministère de la Santé de la communauté autonome de Valence lui réclamant 20 797,39 euros, le prix des prestations de soins.

La somme à verser correspond à la taxe sur les prestations non prises en charge par le système de santé espagnol. A partir du 31 août 2012, les étrangers en situation irrégulière se retrouveront sans couverture santé, conformément aux restrictions budgétaires présentées par le gouvernement. Ils seront alors dans la même situation que Landi lorsqu’elle a dû être opérée.

800 euros par mois

Comme le ministère de la Santé n’a pas expliqué en détail comment il prévoit de combler ce vide – le 9 mai, il s’est tourné vers les organisations humanitaires [le gouvernement a annoncé que des accords seront trouvés avec les ONG pour que ces dernières prennent en charge les immigrés sans papiers]- ces personnes devront payer tous les soins qui ne sont pas vitaux et qui ne concernent ni l’accouchement ni les mineurs. C’est la situation à laquelle est confronté le compagnon de Landi Fan avec qui il vit à Alicante depuis deux ans et demi.

« Comment vais-je m’en sortir ? » s’interroge ce serveur au chômage, âgé de 44 ans, qui touche une allocation de 800 euros par mois. Landi, de son côté, est en situation irrégulière. Elle n’a ni permis de séjour ni travail, c’est pourquoi elle n’a pas droit à sa propre carte d’assurance maladie. Elle a essayé d’en obtenir une comme bénéficiaire de son compagnon. Ils se sont présentés ensemble à un centre de sécurité sociale, mais comme Eduardo ne cotise pas, ils n’ont rien pu obtenir.

Eduardo a signé tous les documents

Landi a alors fait une demande de carte de solidarité, destinée aux personnes sans ressources. La jeune femme gagne trois fois rien en faisant du ménage à domicile. Mais, comme elle s’était déclarée en tant que compagne d’Eduardo, et même s’ils ne sont pas mariés, ils ont été considérés comme un couple par la sécurité sociale. Leurs ressources ont été cumulées pour calculer leurs droits. Au final, la somme totale était supérieure au plafond qui aurait permis à Landi d’accéder à ce type de couverture.

Depuis la première visite à l’hôpital, suite à de fortes douleurs abdominales et à des hémorragies qui ont commencé en mars 2011, Eduardo a signé tous les documents qui lui ont été présentés : « On allait aux urgences et comme elle n’avait pas de carte, je donnais mon nom et toutes mes données, raconte-t-il. Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ? Si je n’avais pas accepté, ils ne l’auraient pas soignée. » A deux reprises, Landi est repartie de l’hôpital avec une pommade et des laxatifs pour soigner ce qu’on supposait être des hémorroïdes. Ce n’est que lors de sa troisième visite qu’elle a passé un scanner. C’est à ce moment là, à la fin de l’année 2011, que la tumeur est apparue. Il aura encore fallu attendre le résultat des analyses préopératoires avant que la jeune femme ne puisse être opérée,. « Sur l’IRM, on pouvait voir une tache de sept centimètres, » explique Eduardo dans les locaux de Médecins du Monde à Alicante. L’organisation fait son possible pour que le couple n’ait pas à payer les sommes que leur réclame l’administration. « La tumeur était finalement beaucoup plus grosse et l’intervention a duré six heures, » complète-t-il alors que sa compagne reste silencieuse.

« Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? »

L’opération, presque deux semaines de soins – une infection a prolongé le séjour de Landi à l’hôpital – et les premières séances de chimiothérapie [qui ont commencé en mars dernier et se termineront en septembre] expliquent la facture de 20 797,39 euros qu’a envoyée l’administration valencienne. La facture était accompagnée d’un document avec la signature d’Eduardo daté du 14 mars 2011 [jour de leur première visite aux urgences], qui l’engage à prendre en charge les soins de santé de la patiente Landi Fan, dont le numéro d’immatriculation est le 63 789. « C’est parce que j’ai signé tout ce qu’ils m’ont donné, répète-t-il. Et je ne regrette rien, qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? »

L’assistance sociale de l’assurance maladie a finalement attribué la carte de solidarité à Landi, en changeant son statut pour la faire figurer comme personne seule. Grâce à cela, le couple n’aura pas à payer les 90 euros hebdomadaires que coûtent les poches nécessaires à l’iléostomie – l’ouverture créée dans la paroi abdominale de Landi qui lui sert d’anus artificiel depuis l’intervention – ni le reste des frais liés au traitement. Elle n’aura plus à s’inquiéter jusqu’en septembre, date à laquelle les mesures prises par le gouvernement entreront en vigueur. A ce moment, seul un permis de séjour lui permettra d’avoir une assurance maladie.

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