Violences policières à Tunis : Témoignages

Premiers témoignages des violences policières commises aujourd’hui 9 avril 2012 à Tunis 

Un jeune manifestant poussé par la police du 2ème étage au Passage (Buisness News, 9 avril 2012)

Un jeune manifestant a témoigné, vidéo à l’appui, de l’agression barbare dont il a faitl’objet, aujourd’hui lundi 9 avril 2012, par la police en plein centre ville de Tunis (au Passage).

Allongé sur le lit, le jeune raconte qu’il a été poursuivi par les agents de l’ordre dans un immeuble (le Médina Palace) où il essayait de se réfugier fuyant les matraques et les gaz lacrymogènes. Il affirme avoir vu une femme tabassée alors qu’elle essayait de protéger un enfant, probablement, son fils, et d’autres jeunes paniqués sous les coups des policiers qui étaient au nombre de cinq.

Et lorsqu’il a crié au secours, ces mêmes agents se sont rués contre lui. Et en lui disant des obscénités, l’un d’eux lui a assené un coup de pied dans le dos le faisant dégringoler des escaliers du 2ème étage et chuter par terre.
Transporté au service des urgences de l’hôpital Charles Nicolle, il a dû subir les soins nécessaires et un traitement de choc avant de rentrer pour se retrouver cloué au lit.

Encore un témoignage triste et vivant de l’atrocité de la répression subie par les citoyens en cette fête des Martyrs.

Vidéo : Le témoignage (en arabe)

« J’ai été frappée par les policiers tunisiens »
Témoignage de Julie Schneider, journaliste correspondante à Tunis pour « Le Point »

Avenue Habib Bourguiba. 12 h 30. Cela fait pratiquement une heure que les policiers répondent aux manifestants par des gaz lacrymogènes. Certains n’hésitent pas à user de leur matraque. À l’angle de l’avenue de Paris, des arrestations ont lieu, dont celle de Jaouhar Ben Mbarek, bras en écharpe, membre du réseau Doustourna (mouvement associatif indépendant qui se veut le garant des acquis des Tunisiens). Un homme âgé, cheveux blancs et bien habillé, tente d’échapper à la police. Il tombe devant un lampadaire. Le policier lève sur lui sa matraque. Un journaliste intervient pour l’arrêter. Je m’approche. Quelques policiers arrivent. Face au cordon qui s’est mis en place près de l’homme, ils ne font rien.

C’est le flou total. La scène est surréaliste. Des gens courent partout, des gaz lacrymogènes sont envoyés, des policiers chargent, des camions arrivent. Une femme crie, se débat. Elle est maintenue par deux policiers, visage découvert. D’autres portent des cagoules. Je lance un « sahafié », journaliste en arabe. Je prends une photo. Le policier à la gauche de cette femme, portant des lunettes à montures fines, les cheveux courts et un haut marron, abaisse mon appareil. Dans ses yeux, seule la colère transparaît. Je m’exécute et lui reprécise que je suis journaliste. À ce moment-là, des hommes arrivent. Certains ont des uniformes, d’autres non. L’un d’entre eux essaie de m’arracher mon appareil photo. Je maintiens mon boîtier avec ma main droite. Dans ma main gauche, j’ai mon carnet et mon stylo. Je suis bousculée. Je ne peux pas accéder à ma carte de presse qui se trouve dans la poche droite de mon blouson.

Coups dans le dos, dans les fesses

Tout va très vite. En quelques minutes, je me retrouve au sol. Je reçois des coups dans le dos, dans les fesses. Je porte mon sac à dos sur le devant. Plus pratique pour sortir mon matériel. Dans l’agitation, je perds mes lunettes de soleil. Je ne pense pas à repréciser que je suis journaliste, je ne pense qu’à mon appareil photo, à ma carte mémoire, aux clichés que j’ai déjà pris. Le besoin de se focaliser sur quelque chose d’autre est le plus important. Le besoin de ne pas réaliser ce qui se passe supplante le reste. Je ne sais pas combien de temps la scène a duré. Je ne cesse de penser à mon appareil. En tentant de le retenir, mon pouce, coincé dans la lanière, se tord. Depuis, il est gonflé et bleu.

Finalement, au loin, j’entends mon appareil fracassé sur le trottoir. Plusieurs fois. Des gens me hissent et me relèvent. Policiers ? Civils ? Je ne sais pas. Je suis poussée, tirée vers un fourgon de police. Un représentant du Pôle démocratique moderniste intervient et lance que je suis journaliste. Je le répète alors. Rien à faire. Je reçois encore des coups sur la tête. Certains sont donnés avec le plat de la main. D’autres, je ne sais pas. Des matraques peut-être. Aucune idée.

Sourire mesquin

La plupart des policiers s’éloignent pendant que d’autres m’emmènent à l’arrière d’un fourgon parqué non loin. Des personnes continuent de se faire arrêter. Pensant qu’ils cherchent à me mettre en sécurité, je relâche la pression. Je suis de nouveau poussée, j’ai alors l’impression qu’on veut m’embarquer. Je reprécise que je suis journaliste. Je glisse mes doigts dans les barreaux blancs du fourgon bleu pour prendre appui. Ma carte de presse est toujours dans mon blouson. On ne m’a pas demandé de la présenter. Un militant d’Ennahda, que j’ai rencontré à plusieurs reprises lors de meetings ou au siège du parti, apparaît. Il parle aux policiers. Je suis alors relâchée.

Je me dirige vers le lieu où mon appareil a été fracassé. Je retrouve mon objectif, à peu près intact. Un homme vêtu de noir passe, me le prend et le balance sur le sol avant de se retourner et de me lâcher un sourire mesquin. L’objectif est éclaté en plusieurs morceaux. Je ramasse les débris. Des policiers les poussent à coups de pied. Je suis à la recherche de ma carte mémoire, mais rien. Je reste quelques minutes en retrait avec d’autres journalistes pour observer la scène. Des policiers passent en scooter. Des camions arrivent. Encore des charges. Toujours des gaz lacrymogènes dont le goût âpre reste des heures dans la bouche.

Avec le calme, la douleur se fait sentir, devient plus vive. J’ai des hématomes un peu partout. Sur le chemin du retour, je constate que j’ai dû mal à marcher. L’avenue de Paris offre le même spectacle de désolation. Des enfants qui se promenaient avec leurs parents crient et pleurent. Les devantures des magasins sont baissées. C’est alors qu’un homme me tend une fleur. Fragile, de couleur fuchsia et odorante, elle contraste avec l’âpreté et la violence ambiantes.

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