Irak : 15 adolescents soupçonnés d’être homosexuels assassinés en un mois

Solidarité Irak, 14 mars 2012 :

Depuis près d’un mois, 15 jeunes « émos » Irakiens ont été tués sous prétexte qu’ils étaient homosexuels ou que leur style vestimentaire le laissait entendre. Des organisations de droits de l’Homme dénoncent l’indifférence du gouvernement.

De jeunes Irakiens perçus comme déviants ou homosexuels, surnommés les « emos », font depuis plusieurs semaines l’objet d’une violente campagne d’agressions qui a fait au moins 15 morts, selon des responsables et des groupes de défense des droits de l’Homme, démenti par Bagdad. « Quatorze adolescents ont été tués en un mois, dont 7 avec des pierres et 5 par balles », a déclaré dimanche dernier une source à l’hôpital de Roussafa de Bagdad. Un autre corps a été trouvé vendredi à Bayaa, dans l’ouest de Bagdad, selon une autre source médicale.

Le bilan serait en réalité beaucoup plus lourd selon des associations de droits de l’Homme qui accusent les autorités de fermer les yeux sur la question. « Quarante-deux homosexuels ont été torturés et tués jusqu’à présent, la plupart avec des blocs de béton, et certains démembrés », déclare l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak.

Dans les pays occidentaux, les « emos », du mot anglais « emotional », sont généralement des jeunes écoutant de la musique alternative et portant des vêtements noirs et serrés avec des coupes de cheveux caractéristiques. En Irak toutefois, le terme s’applique souvent aux homosexuels.

Une campagne menée par des militants chiites

« Un groupe militant chiite est considéré comme l’auteur de ces atrocités », déclare l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission, basée à New York. Mais « les autorités irakiennes n’ont ni répondu ni condamné publiquement cette violence ciblée », qui frappe essentiellement dans les zones à majorité chiite de Bagdad et Bassora, au sud du pays, dénonce l’organisation.

Certaines milices islamistes « décrètent la peine de mort contre quiconque ne correspond pas » à la définition traditionnelle de la famille considérée comme « la pierre angulaire d’une société islamique pieuse », d’après l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak. Selon des habitants du bastion chiite de Sadr City, « une liste de 22 noms d’adolescents a été affichée ces derniers jours dans la rue principale de Sadr City, appelant les familles à prendre soin de leurs fils, sans quoi ils seraient punis ». Elle était signée par la milice Saraia al-Gadhab (Brigades de la colère).

Un chef religieux chiite, cheikh Moustafa al-Yakoubi, a de son côté critiqué la violence infligée aux « emos », appelant à répondre au phénomène par « des conseils et par la connaissance ».

Le gouvernement nie des meurtres liés à l’homosexualité des victimes

Le ministère irakien de l’Intérieur a affirmé dans un communiqué « n’avoir enregistré aucun cas de meurtre sur la base du phénomène emo ». « Tous les cas de meurtres dont il a été question étaient liés à des vengeances ou avaient des motifs sociaux, criminels ou politiques », a-t-il assuré.

Le ministère a toutefois, mis en garde « certains groupes extrémistes tentés de s’ériger en protecteurs des lois morales et religieuses et de s’en prendre à des gens sur la base de leur style ou de leur coiffure, car la Constitution garantit les libertés publiques ». Pourtant dans un autre communiqué daté du 13 février dernier et toujours disponible sur son site internet, le ministère de l’Intérieur avait assuré suivre « le phénomène des emos, ou adorateurs du diable », évoquant « un phénomène menaçant » et précisant qu’il avait « une autorisation officielle pour les éliminer dès que possible ».

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