Rennes : Applaudissements posthumes pour le jeune postier

Le Télégramme, 5 mars 2012 :

Entre 100 et 200 salariés de La Poste, rassemblés ce lundi midi, devant le bâtiment de la poste centrale de Rennes pour rendre hommage à Jeremy Buan, un jeune cadre supérieur qui s’est suicidé mercredi, ont salué sa mémoire par des applaudissements. Le père de la victime a, pour sa part, déclaré sur Europe 1 que le suicide de son fils était « un assassinat de la part de ses supérieurs ». La Direction du courrier de haute-Bretagne réagit ce soir.

« C’est sa compagne qui a demandé qu’on l’applaudisse comme un artiste, on l’a applaudi pour ce qu’il a fait, pour les vies qu’il va sauver », a expliqué Sonya Royer, une déléguée CFDT qui a côtoyé le jeune postier de 28 ans dans le cadre de ses activités syndicales.

Dénoncer le « système » qui a broyé Jeremy Buan
Très émue, sa compagne Elodie Briand, a dit quelques mots à la presse pour appeler « toutes les personnes qui souffrent, qui se sentent seules et incomprises, à réagir ou à accuser le système » qui, selon elle, a broyé son compagnon. Les yeux cachés par des lunettes noires, la jeune femme brune s’est effondrée après avoir déposé des fleurs au pied d’un portrait du défunt, à proximité de l’endroit du suicide.

« Contexte opprimant »
Le jeune cadre supérieur s’est jeté du dernier étage du bâtiment mercredi midi après avoir laissé une longue lettre dans laquelle il explique son « anxiété professionnelle » et son incapacité à vivre dans un « tel contexte opprimant ». « A partir du moment où il a sauté, je continue son combat, celui qu’il n’arrivait pas à réaliser lui-même car il n’avait plus de force à la longue de se faire enfoncer moralement », a déclaré Elodie Briand, désormais seule avec un bébé de cinq mois.

Les syndicats dénoncent des « pressions »
Les délégués syndicaux FO, CFDT, CGC ou Sud présents à la cérémonie ont évoqué les « pressions » liées aux restructurations en cours de la Poste. La direction n’a envoyé aucun représentant. Elle a organisé dans la matinée une minute de silence dans le bureau de poste voisin, selon des sources concordantes. Trois enquêtes ont été ouvertes par la police, l’inspection du travail et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de La Poste de Rennes.

Un « crime » pour son père
Sur Europe 1, le père de la victime a estimé que le suicide de son fils était un « crime ». « Pour moi, c’est un crime. On n’a pas le droit de pousser les gens de cette façon-là », a-t-il expliqué. « C’est un assassinat de la part de ses supérieurs (…). « On l’a surtout empêché de faire son travail comme il avait envie de le faire. C’est scandaleux, c’est dégueulasse. C’est ce qui l’a poussé à bout », a-t-il encore décalré avant de mettre en avant le fait que Jérémy était « quelqu’un de joyeux et de battant » et qu’il n’avait, en outre, « aucune raison par ailleurs d’arriver à ça. Il venait d’avoir une petite fille au mois d’octobre. Il en était très heureux. Mais arrivé ici, on l’a brimé dans tout ce qu’il voulait faire ».

Une Direction qui appelle à la retenue
Ce soir, la Direction de la poste d’ille-et-Vilaine est sortie de son silence. Par la voix de Jacques Meslin, directeur du courrier de Haute-Bretagne, La Poste évoque son émotion devant ce « drame épouvantable » :  » J’ai également proposé à la compagne de Jérémy de la recevoir à sa convenance. Au nom de tous les postiers de la direction du Courrier Haute Bretagne je lui présenterai toutes nos condoléances et lui ferai part de toute notre solidarité face à la douleur et la souffrance que sa famille vit. Je rappelle à chacun qu’une triple enquête va être menée : celle de la police judiciaire, celle de l’Inspection du Travail et celle des membres du CHSCT. Les conclusions de ces différentes enquêtes permettront de faire toute la lumière sur cet événement tragique. Au regard de ce drame humain, qui affecte ses proches, ses amis et toute la communauté des postiers, je vous invite toutes et tous à faire preuve de retenue et de dignité ».

La direction du Courrier Haute Bretagne précise par ailleurs qu’elle s’exprimera désormais uniquement dans le cadre des enquêtes.

Une réponse à “Rennes : Applaudissements posthumes pour le jeune postier

  1. mon fils a eu exactement le même problème dans la même « entreprise » (2 tentatives de suicide) la dernière était la bonne, il avait fait son testament et rangé son appartement pour passer à l’acte le lendemain – personne ne s’est inquièté de lui en ne le voyant plus. N’ayant pas de nouvelles j’ai donc téléphoné et il m’a été répondu qu’il était majeur et que l’administration n’avait pas à intervenir. On l’a poussé à bout, envoyé sur un poste que les services savaient qu’il ne pouvait pas tenir, personne ne l’a aidé, etc…. maintenant il en incapacité de travail et celà fait 9 ans ; on me l’a complètement détruit. J’écris celà pour témoigner et j’espère que d’autres auront le courage de le faire

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