Mozambique : Un viol collectif alerte sur les violences subies par les femmes

Canoë, 11 février 2012 :

Le récent viol collectif d’une paysanne, ordonné par un chef de village pour la punir d’avoir enfreint un tabou, a mis le Mozambique en émoi: des militants dénoncent les violences faites aux femmes, mais certains tenants de la «tradition» tentent de justifier l’agression.

La victime, âgée de 35 ans et mère de cinq enfants, est accusée d’avoir traversé une terre sacrée interdite aux femmes, le jour d’une cérémonie d’initiation d’adolescents.

Le chef du village a décidé de la punir: il a ordonné à dix-sept de ses jeunes initiés de la violer. Quatre des jeunes ont été arrêtés, mais aucune date n’a encore été fixée pour un éventuel procès.

L’affaire, survenue en décembre dans le nord du pays, provoque un débat passionné sur le statut des femmes, dans ce pays d’Afrique australe généralement loué pour avoir plus que d’autres promus l’égalité des sexes en politique.

Le Premier ministre précédent était une femme, tandis que le Parlement a une présidente et compte 39% de députées. Mais ce n’est qu’une façade, et les Mozambicaines sont souvent victimes de violences, accuse le militant Gilberto Macuacua.

En janvier, un homme du centre du Mozambique a coupé le bras de sa femme avec une machette quand elle l’a accusé de la tromper avec sa cousine. L’an dernier, un autre a percé le vagin de sa femme avec une baïonnette, puis l’a recousu.

«Les hommes ne sont pas encore prêts à voir dans les femmes des personnes ayant les mêmes droits qu’eux», estime M. Macuacua. «Il y a peu, ou pas, de connaissance des droits humains, et a fortiori des droits de la femme.»

«Il y a beaucoup de femmes au Parlement, mais la plupart d’entre elles n’y exercent pas beaucoup de pression», ajoute-t-il. L’organisation féministe Muleide a défendu la paysanne, disant qu’elle se rendait à son champ et qu’elle ne savait pas qu’elle passait à proximité d’un site d’initiation.

Opinions conservatrices

Mais un célèbre journaliste de santé Pedro Nacuo a justifié le viol collectif dans un éditorial, estimant qu’elle l’avait cherché en traversant à plusieurs reprise le champ de l’initiation. Le personnel hospitalier l’a traitée comme s’il s’agissait d’une tentative de suicide, supposant qu’elle connaissait les conséquences de son acte, a-t-il écrit: «Les infirmières (…) l’ont soignée comme ils soigneraient quelqu’un qui se serait délibérément jeté sous les roues d’une voiture pour se faire écraser.»

«Personne ne peut condamner, moralement ou traditionnellement, la punition, pourtant sévère, qu’a subie cette dame, parce que nos institutions sont composées de gens qui savent comment faire face à ces questions», a ajouté M. Nacuo.

«Contrairement aux opinions conservatrices, sexistes et talibanistes du journaliste, les autorités doivent intervenir dans cette affaire», a réagi un groupe regroupant six organisations de défense des droits de l’Homme, faisant le parallèle avec un viol collectif ordonné en 2002 par un conseil tribal dans le Pakistan rural.

Petro Nacuo a refusé de répondre à ces «non-initiés», qualifiant ses détracteurs de laquais des bailleurs de fonds étrangers.

Le Mozambique a bien adopté une loi sur la violence domestique en 2009. Mais «la faire appliquer rencontre beaucoup de résistance, parce que les gens ont des préjugés», soupire l’anthropologue Maria José Arthur du groupe Femmes et Droit en Afrique australe.

«C’est incroyable, parce que nous avons de nombreux instruments qui garantissent l’égalité, mais nous nous heurtons à une résistance face à leur mise en œuvre, à l’incompétence et à la complicité des institutions qui devraient le faire», ajoute-t-elle.

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