A Beyrouth, manifestation pour une (vraie) criminalisation du viol

L’Orient le Jour, 18 janvier 2012 :

Nasawiya appelle à dénoncer toute dénaturation de son projet de loi pour une protection unifiée des femmes contre les violences domestiques.

Un viol commis par un mari sur son épouse n’est pas un viol. Un violeur qui épouse sa victime est amnistié. C’est ce que prévoit le Code pénal libanais en l’état actuel et contre quoi plusieurs ONG libanaises, dont le collectif féministe Nasawiya, se mobilisent.

Une mobilisation qui a pris la forme d’une manifestation, samedi dernier, entre le ministère de l’Intérieur, à Sanayeh, et le Parlement, dans le centre-ville de Beyrouth. Pourquoi le Parlement ? Car depuis avril dernier, une sous-commission composée de Samir el-Jisr, Nabil Nicolas, Gilberte Zouein, Michel Hélou, Ghassan Moukheiber, Ali Ammar, Imad el-Hout et Chant Chinchinian, y étudie un projet de loi présenté par la société civile pour la protection de la femme contre les violences domestiques. Un projet de loi adopté par le Conseil des ministres en avril 2010, après qu’une vingt-sixième clause y ait été ajoutée. Introduite à la demande du ministre chiite du Hezbollah de l’époque, Mohammad Fneich, cette clause soutient que « la femme peut porter les cas de violence conjugale et familiale devant les tribunaux civils, uniquement dans le cas où les tribunaux religieux le permettraient ».

Aujourd’hui, la société civile soupçonne les membres de la sous-commission, cibles de pressions religieuses et de considérations politiques, de chercher à dénaturer le texte.

En juin dernier, Dar el-Fatwa avait ainsi critiqué la légalité du projet de loi. Selon cette instance sunnite, le projet « porte atteinte à la femme musulmane » et « lui refuse certains droits qui lui sont accordés par les tribunaux religieux ». Dar el-Fatwa estime que ce projet « conforme à la mentalité occidentale ne correspond pas aux valeurs de notre société », qu’il « met en danger la cellule familiale traditionnelle » et « dénie au père le droit d’éduquer ses enfants, et plus spécifiquement ses filles, qui ont le plus besoin de sa protection ». Une telle loi aura « un impact psychique sur les enfants musulmans qui verront leur mère défier l’autorité morale du père », avance encore Dar el-Fatwa, soulignant que ce texte « ôte leurs prérogatives aux tribunaux islamiques ». L’organisation dénonce également « la création de nouveaux crimes » comme le viol de l’épouse par son mari et refuse l’ingérence de la police dans les affaires familiales, ainsi que l’utilisation des témoignages d’enfants mineurs.

Des instances religieuses chiites ont également déclaré que ce projet de loi constituait « une affaire dangereuse ».

C’est pour empêcher la dénaturation du projet de loi, que plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de Nasawiya et se sont retrouvées, samedi, malgré la pluie, à Sanayeh.

« Députés, dites la vérité, violentez-vous vos femmes ? », ont-elles notamment scandé à l’intention des parlementaires. Considérant que « tout pays qui ne pénalise pas toutes les formes de viol n’est pas digne de confiance », les participants espèrent que les députés ne resteront pas sourds à leur appel.

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