Italie : Face aux attaques anti-ouvrières

L’Humanité, 15 décembre 2011 :

Les trois centrales syndicales, divisées quand Berlusconi dirigeait le pays, se sont unies pour organiser lundi la première grève générale unitaire depuis six ans. La « purge » présentée par le gouvernement de Mario Monti ne passe pas.

Lundi matin, les salariés de Magneti Marelli se sont croisés les bras. Puis ils ont quitté leur usine près du stade de Bologne. Et ils sont allés manifester sous les banderoles de la Fiom, le syndicat des métallos de la CGIL, le plus « rouge » d’Italie. Mais ce lundi, ils n’étaient pas seuls. Les trois centrales syndicales avaient appelé les salariés du privé à une grève générale contre le plan d’austérité préparé par le nouveau gouvernement dit technique de Mario Monti. 25 milliards de coupes budgétaires sont programmés, sur recommandation expresse de Bruxelles et des marchés financiers.

Le plan s’en prend à nouveau au système de retraites, prévoit des hausses d’impôts qui touchent les salariés, comme la taxe sur la valeur ajoutée ou la taxe d’habitation. Chez Magneti Marelli, les ouvriers ont des raisons supplémentaires d’en découdre : « Pour nous, à partir de janvier, ce sera la loi de Marchionne, la fin de tout acquis syndical », expliquent-ils. La grève, proclamée au plan national, est prévue pour une durée de trois heures, mais à Bologne, la Fiom-CGIL l’a prolongée toute la journée. Autrefois désignée « forteresse rouge » parce qu’elle n’a connu que des maires communistes entre la Libération et la dissolution du Parti communiste italien, la capitale d’Émilie-Romagne revient à ses traditions de lutte.

Magneti Marelli appartient au groupe Fiat. Son PDG, Sergio Marchionne, a imposé depuis deux ans une dérogation aux conventions collectives nationales réduisant les droits des salariés et pesant sur leur rémunération dans les grands centres de la firme à Pomigliano d’Arco, près de Naples, et Mirafiori, à Turin. Cette « loi Marchionne » va s’appliquer aussi aux 680 salariés de la Magneti Marelli de Bologne, qui produisent des pièces pour des voitures haut de gamme, griffées Ferrari, Maserati et Volvo. Ces établissements, à la différence de Pomigliano et Mirafiori, ont toujours des carnets de commandes pleins : « La plupart des salariés font toujours des heures supplémentaires », relève Gianni Bortolini, trente-huit ans, ouvrier de troisième niveau. Dans l’entreprise depuis 1997 il ne touche que 1 100 euros de salaire mensuel. « Chez Fiat, se plaint-il, on reste au même niveau toute sa vie. » Peu importent les bons résultats de l’usine. Les mesures adoptées débouchent aussi sur une réduction des pauses pour les ouvriers à la chaîne. Le repas sera repoussé à la fin de chaque service, d’une durée de sept heures trente.

Et Gianni Bertolini de s’insurger : « La Fiom, qui n’a pas signé les accords avec Marchionne, sera exclue de tout rôle syndical. Pourtant, ses délégués syndicaux recueillent 90 % des voix chez les ouvriers et 60 % chez les employés à Bologne. C’est un modèle autoritaire présenté comme nouveau, mais qui nous ramène au XIXe siècle, car le travail sans droits c’est l’exploitation. » Pour parvenir à ses fins, Sergio Marchionne a dû sortir de l’association patronale Confindustria, car cette dernière est signataire de la convention collective nationale. Et la fracture entre la Fiom et les autres syndicats qui, eux, ont suivi la manœuvre, n’avait jamais été si béante.

C’est au gouvernement Monti, l’exécutif dit « des professeurs », que l’on doit d’avoir su reconstruire en quelques semaines seulement un début d’unité syndicale. Car le plan d’austérité annoncé apparaît inacceptable non seulement pour la CGIL, mais aussi pour la CISL et l’UIL. Jusqu’à présent, ces deux dernières s’étaient contentées d’un pacte de non-agression avec Silvio Berlusconi. « Nous ne sommes plus seuls », se réjouissent, du coup, les ouvriers de Magneti Marelli.

C’est ainsi que, pour la première fois depuis six ans, une grève nationale de trois heures a été proclamée de manière unitaire par les trois confédérations. Cela traduit la déception à l’égard des mesures annoncées par Monti et ses ministres, issus des milieux bancaires et qui n’ont pas même pris la peine de rencontrer les partenaires sociaux.

Berlusconi, lui, s’en tire à très bon compte face aux mesures du nouveau pouvoir. Il évite l’instauration d’un impôt sur le patrimoine et obtient un plan d’assignation des fréquences télévisuelles très favorable à son empire médiatique.

S’appuyant sur une majorité qui va du Parti démocrate (centre gauche) au Peuple de la liberté berlusconien, Monti bénéficierait encore de 70 % d’opinions favorables, d’après les sondages. Mais pour combien de temps encore ? La grève unitaire est, en tout cas, le signe d’un premier changement de climat.

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