McCain en grève pour les salaires et les conditions de travail

La Voix du Nord, 6 décembre 2011 :

La production de l’usine de frites surgelées McCain à Harnes est perturbée depuis dimanche soir. Deux tiers des salariés des équipes de production (200 des 500 salariés) ont suivi l’appel de la CGT. Le syndicat dénonce le récent accord sur les salaires et réclame 10 % d’augmentation. De quoi compenser la hausse du coût de la vie, les horaires très variables et le travail de plus en plus fréquent le dimanche.

Le plus saisissant, à écouter les salariés de McCain sur le piquet de grève hier matin, ce sont les rythmes de travail adoptés pour assurer la bonne marche des deux lignes de production qui sortent 700 tonnes de frites surgelées par jour. « Nous sommes en 2-2-2, c’est-à-dire deux jours où on travaille le matin, les deux suivants l’après-midi et les deux derniers de nuit », explique Valéry Richard, délégué du personnel CGT. Dans le détail, cela donne une semaine « type » comportant deux journées de travail de 5 h à 13 h les lundi et mardi, deux autres de 13 h à 21 h les mercredi et jeudi, deux dernières de 21 h à 5 h les vendredi et samedi. Les deux autres jours,repos. Et on repart sur le même type de rotation.

La goutte qui a peut-être fait déborder le vase se trouve dans la montée en puissance du travail le dimanche sous forme d’heures supplémentaires au cours des quatre derniers mois. Le tonnage est plus important mais pas suffisant pour constituer une cinquième équipe, selon la direction. D’où les heures sup.

Jusque-là, le repos dominical était la règle. « Aujourd’hui, on a un dimanche sur quatre en famille », résume Valéry Richard.

« L’organismene suit pas »

L’organisation en 2-2-2 est plus ancienne. Elle a remplacé les postes traditionnels en 3X8 depuis une dizaine d’années mais des salariés ne s’y font pas. « En changeant comme ça tous les deux jours, l’organisme ne suit pas, on n’a jamais le temps de s’habituer », estime le représentant des salariés au comité d’entreprise de McCain alimentaire.

Parmi les grévistes se trouve une forte majorité des 200 ouvriers et techniciens qui travaillent directement sur les deux lignes de production. « Mais il y a aussi des gens de l’administratif, ce qui montre bien que tout le monde en a ras-le-bol », précise le délégué. Les salariés trouvent qu’ils font suffisamment d’efforts (ils travaillent aussi les jours fériés) pour obtenir une compensation salariale appropriée. « On a eu des effets d’annonce sur 2,68 % d’augmentation mais dedans il faut compter 0,6 à 0,8 % de prime au mérite. » La CGT a donc mis la barre à 10 % de hausse de salaire.

Certains propos sont amers quant au climat dans l’entreprise harnésienne. « On vient pour gagner notre vie, pas pour se faire insulter », témoigne un salarié qui travaille à McCain depuis trente ans. Et il ajoute : « On est vraiment des numéros. On ne s’en est pas rendu compte mais aujourd’hui on a l’impression de ne pas être entendus. On n’a rien à dire, c’est comme ça. On nous entend mais on ne nous écoute pas. »

Dur pour les jeunes

Il pense à ses collègues, les plus jeunes notamment, eux qui n’ont pas la chance de toucher l’ancienneté comme lui. « Quand on voit les postes qu’ils font et qu’ils tournent au SMIG… » Avec vingt-cinq ans d’ancienneté, un autre collègue donne son salaire : 1 500 E, primes d’ancienneté et d’assiduité comprises.

Le mouvement s’explique enfin par la crainte des employés face, paradoxalement, à la montée en puissance du site. « Ils veulent doubler la capacité de production en 2016, sans machine supplémentaire et sans embauche », ajoute le délégué du personnel. Ce qui veut dire un poids supplémentaire, ils le pensent en tout cas, sur leurs épaules. Des négociations ont eu lieu dans la soirée avec la direction mais les grévistes ont décidé de poursuivre le mouvement.

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