7 novembre 1917 : Révolution d’Octobre

Le 7 novembre 1917 (25 octobre selon l’ancien calendrier russe), en Russie, l’insurrection organisée par le Parti Bolchevik et soutenue par les conseils d’ouvriers et de soldats est victorieuse.

Gardes Rouges, Petrograd - octobre 1917

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, à Petrograd, les ouvriers en armes, soldats et marins occupent les points stratégique de l’ancienne capitale de Russie, puis prennent le Palais d’Hivers, siège du gouvernement  de Kerensky.

Vidéo : Extrait du film « Reds » qui retrace l’histoire de la vie de John Reed, journaliste communiste américain, témoin de la révolution d’Octobre et auteur du livre « Dix jours qui ébranlèrent le monde » :

Le Tsar avait été chassé du pouvoir par la révolution de février 1917 (8 mars 1917) et remplacé par le gouvernement de Kerensky qui ne répondait à aucune des revendications de la population laborieuse : la guerre continuait alors que les soldats voulaient la paix, les terres restaient aux mains des seigneurs féodaux et des grands propriétaires terriens, les ouvriers revendiquaient le contrôle ouvrier, par leurs conseils, sur les usines et les entreprises. Les éléments les plus réactionnaires se préparaient, de leur côté, à remettre sur pied l’autocratie tsariste.

Le 7 novembre, à 10 heures du matin, l’insurrection est victorieuse. Dans un appel, le Comité révolutionnaire militaire auprès du Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd, présidé par Lénine, proclame :

Aux citoyens de Russie !

Le Gouvernement provisoire est destitué. Le pouvoir de l’Etat est passé aux mains de l’organe du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd, le Comité révolutionnaire militaire qui est à la tête du prolétariat et de la garnison de Pétrograd.

La cause pour laquelle le peuple a lutté : proposition immédiate de paix démocratique, abolition du droit de propriété sur la terre des propriétaires fonciers, contrôle ouvrier de la production, création d’un gouvernement des Soviets, cette cause est assurée.

Vive la révolution des ouvriers, des soldats et des paysans !

Comité révolutionnaire militaire auprès du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd, 25 octobre 1917, 10 heures du matin.

Gardes rouges, Petrograd, 1917

Lors de la séance du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd du 7 novembre 1917, Lénine lit le rapport suivant :

Camarades, la révolution des ouvriers et des paysans, dont les bolchéviks n’ont cessé de montrer la nécessité, est réalisée.

Que signifie cette révolution ouvrière et paysanne ? Avant tout, le sens de cette révolution, c’est que nous aurons un gouvernement des Soviets, notre pouvoir à nous, sans la moindre participation de la bourgeoisie. Les masses opprimées créeront elles-mêmes le pouvoir. Le vieil appareil d’Etat sera radicalement détruit et il sera créé un nouvel appareil de direction dans la personne des organisations des Soviets.

Une nouvelle étape s’ouvre dans l’histoire de la Russie, et cette troisième révolution russe doit en fin de compte mener à la victoire du socialisme.

Une des tâches à notre ordre du jour est la nécessité de mettre immédiatement fin à la guerre. Mais pour mettre fin à cette guerre, étroitement liée au régime capitaliste existant, il est clair pour tous qu’il faut vaincre le capital lui-même.

Ce qui va nous aider dans cette lutte, c’est le mouvement ouvrier mondial qui commence déjà à se développer en Italie, en Angleterre et en Allemagne.

– Une paix juste, immédiate que nous proposerons à la démocratie internationale trouvera partout un vif écho dans les masses prolétariennes du monde. Pour renforcer cette confiance du prolétariat, il est nécessaire de publier immédiatement tous les accords secrets [2].

A l’intérieur de la Russie, une énorme partie de la paysannerie a dit : c’est assez jouer avec les capitalistes, -nous marchons avec les ouvriers. Nous gagnerons la confiance des paysans seulement par le décret qui abolira la propriété des propriétaires fonciers. Les paysans comprendront que le salut de la paysannerie ne se trouve que dans l’alliance avec les ouvriers. Nous établirons un véritable contrôle ouvrier sur la production.

Nous avons appris à travailler en parfaite intelligence. La révolution qui vient de se faire en témoigne. Nous possédons la force d’une organisation de masse qui triomphera de tout et qui conduira le prolétariat à une révolution mondiale.

Nous devons aujourd’hui nous consacrer en Russie à l’édification d’un Etat prolétarien socialiste.

Vive la révolution socialiste mondiale !

(Vifs applaudissements.)

Second congrès pan-russe des soviets d'ouvriers, de soldats et de paysans

La résolution suivante est votée

Le Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd salue la révolution victorieuse du prolétariat et de la garnison de cette ville. Il souligne en particulier la cohésion, l’organisation, la discipline, l’unanimité complète que les masses ont manifestées dans cette insurrection exceptionnellement peu sanglante et exceptionnellement heureuse.

Le Soviet, profondément convaincu que le gouvernement ouvrier et paysan qui, en tant que gouvernement des Soviets, sera créé par la révolution et assurera au prolétariat des villes le soutien de toute la masse de la paysannerie pauvre, que ce gouvernement marchera d’un pas ferme vers le socialisme, seul moyen pour le pays de se sauver des calamités et des horreurs sans précédent de la guerre.

Le nouveau gouvernement ouvrier et paysan proposera sur-le-champ une paix juste et démocratique à tous les peuples belligérants.

Il abolira sur-le-champ la propriété de la terre dont jouissent les propriétaires fonciers et remettra la terre aux paysans. Il établira le contrôle ouvrier de la production et de la distribution des produits et il instaurera le contrôle national des banques, en les transformant en une seule entreprise d’Etat.

Le Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd appelle tous les ouvriers et toute la paysannerie à soutenir sans réserve et de toute leur énergie la révolution ouvrière et paysanne. Il exprime la conviction que les ouvriers des villes, unis aux paysans pauvres, feront preuve d’une discipline fraternelle inflexible et qu’ils créeront l’ordre révolutionnaire le plus rigoureux, indispensable à la victoire du socialisme.

Le Soviet est convaincu que le prolétariat des pays d’Europe occidentale nous aidera à mener la cause du socialisme à une victoire totale et durable.

Décret sur la paix

Dès le lendemain, le 8 novembre, sont pris les premiers décrets par le soviet de Petrograd : le décret sur la paix qui propose non seulement une armistice immédiate à tous les belligérants, mais abolit en même temps la diplomatie secrète et appelle les ouvriers du monde entier à cesser les combats, le décret sur la terre qui abolit la propriété foncière et remet la terre à ceux qui la travaillent…

Marins révolutionnaires, Petrograd 1917

Cette révolution n’était pas une « révolution russe », c’était le début d’une révolution qui, pour Lénine et les bolcheviks, devait être le début d’une révolution mondiale. Dans les mois qui suivaient, en Allemagne, en Hongrie, en Finlande, en Italie, dans le Gilan en Iran, et jusqu’à Seattle aux Etats-Unis, les ouvriers se sont soulevés, ont créé leurs conseils et se sont, comme les communards de 1871, lancés « à l’assaut du ciel ». Partout les révolutions ouvrières ont été réprimées avec la plus féroce répression, et même en Russie, la jeune République Soviétique a du faire face à une terrible guerre civile lancée par toutes les forces réactionnaires et bourgeoises, russes bien sûr, mais aussi du monde entier. Etouffé par la guerre civile, isolée par la répression dans les autres pays, le pouvoir des soviets, des conseils d’ouvriers, de soldats et de paysans, n’allait pas pouvoir survivre. Dans les années 1920, une nouvelle bourgeoisie, la bureaucratie, allait s’emparer du pouvoir et, avec Staline et son nationalisme, lancé une sanglante contre-révolution qui massacrera toute la génération de communistes d’Octobre.

Révolution dans le monde : La Bavière est une république des conseils (1919)

Rosa Luxembourg écrira en conclusion de son texte « La Révolution Russe » en 1918 :

« Les bolcheviks ont montré qu’ils peuvent faire tout ce qu’un parti vraiment révolutionnaire peut faire dans les limites des possibilités historiques. Qu’ils ne cherchent pas à faire des miracles. Car une révolution prolétarienne modèle et impeccable dans un pays isolé, épuisé par la guerre, étranglé par l’impérialisme, trahi par le prolétariat international, serait un miracle. Ce qui importe, c’est de distinguer dans la politique des bolcheviks l’essentiel de l’accessoire, la substance de l’accident. Dans cette dernière période, où nous sommes à la veille des luttes décisives dans le monde entier, le problème le plus important du socialisme est précisément la question brûlante du moment : non pas telle ou telle question de détail de la tactique, mais la capacité d’action du prolétariat, la combativité des masses, la volonté de réaliser le socialisme. Sous ce rapport, Lénine, Trotsky et leurs amis ont été les premiers qui aient montré l’exemple au prolétariat mondial; ils sont jusqu’ici encore les seuls qui puisent s’écrier avec Hutten : « J’ai osé ! »

C’est là ce qui est essentiel, ce qui est durable dans la politique des bolcheviks. En ce sens, il leur reste le mérite impérissable d’avoir, en conquérant le pouvoir et en posant pratiquement le problème de la réalisation du socialisme, montré l’exemple au prolétariat international, et fait faire un pas énorme dans la voie du règlement de comptes final entre le Capital et le Travail dans le monde entier. En Russie, le problème ne pouvait être que posé. Et c’est dans ce sens que l’avenir appartient partout au « bolchevisme ».

Et aujourd’hui, alors que partout les travailleuses et travailleurs subissent de façon de plus en plus violente les effets de la crise du capitalisme, nous pouvons voir que l’avenir ce n’est ni Sarkozy ni Hollande, ni Papandréou ni Berlusconi, ni Obama ni Khamenei, mais comme le disait Rosa Luxembourg que l’avenir appartient partout au bolchevisme.

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