Grève aux HUG : Victoire

La Tribune de Genève, 29 octobre 2011 :

Les transporteurs patients des Hôpitaux Universitaires de Genève en ont on eu marre de se faire trimbaler. Le 6 octobre dernier, les transporteurs patients des HUG se sont mis en grève. Le lendemain, un accord était signé avec la direction des hôpitaux qui satisfait leurs revendications. Nous nous sommes entretenus avec David Andenmatten, responsable syndical SSP aux HUG.

Pourquoi cette grève ?

DA : Le ras le bol. J’aurai envie de dire, enfin une action qui débloque une situation ! Plus sérieusement, depuis de nombreuses années – en fait depuis 1981 – ce personnel transporte les patient·e·s à l’hôpital, exerce un travail pénible et se voit chargé de responsabilités toujours plus grandes. Il demande une reconnaissance de sa profession à travers une réévaluation de sa fonction, la prise en compte de la pénibilité de son travail, de moyens suffisants pour exercer son activité et pour garantir la meilleure prestation possible aux patients.

Sais-tu que ce personnel est moins bien classé que les transporteurs marchandise qui exercent à l’hôpital ? Les transporteurs patients sont en classe 4, la plus basse de l’échelle salariale de la fonction publique, alors que les transporteurs marchandises sont en classe 7. En 1998, après une série de mobilisations, les transporteurs patients avaient obtenu un code spécial leur permettant d’être payé en classe 6. Mais toujours pas de reconnaissance officielle. Ce n’est pas faute d’avoir demandé. La dernière demande de réévaluation date de 2004 mais le dossier est resté dans les tiroirs de la direction.

En dehors de l’aspect salarial, il existe un problème aigu d’effectifs et d’organisation du travail qui entraine de graves dysfonctionnements. Il peut arriver que les patients attendent une heure dans un couloir qu’un transporteur vienne les ramener dans leur chambre. Le manque d’effectif et la surcharge de travail font également que le taux d’absence maladie est élevé dans ce service. Enfin, de plus en plus de transports de toute sorte leur sont demandés, sans que la hiérarchie n’agisse pour protéger le personnel. Après des années de demandes non prises en compte, la colère a augmenté. Les transporteurs ont estimé que seul un moyen plus déterminé pouvait modifier une situation bloquée et donner du poids à leurs revendications légitimes.

La grève a-t-elle permis de régler les problèmes ?

Oui et non. Depuis de nombreuses années, nous étions acculés à des luttes défensives, les transporteurs ont cette fois-ci mené une grève offensive.

Les revendications qui n’avaient pas trouvé d’écho sont aujourd’hui prises en compte. Les négociations engagées très rapidement avec la direction ont abouti en gros aux résultats suivants :

· Le regroupement de tous les transporteurs – patients et marchandises – dans un même service avec une classe de fonction en 7 ;

· L’engagement de 2,5 postes plein temps pour les transports patients ;

· La reconnaissance de la pénibilité du travail avec l’octroi d’un jour de congé supplémentaire par trimestre ;

· La mise sur pied d’une commission paritaire composée d’une délégation du personnel et de représentant·e·s du SSP d’un côté et de la hiérarchie pour étudier l’organisation du travail ;

· L’engagement formel de la direction de n’exercer aucune représaille contre les grévistes.

C’est donc un résultat très satisfaisant. La lutte paie.

Pour autant, il ne faut pas oublier que nous sommes toujours sous le poids des économies, des restrictions budgétaires et des absurdes politiques de pseudo rationalisation qui plombent l’ambiance de travail et met en permanence le personnel sous pression afin d’atteindre des gains de « productivité » et des améliorations de « l’efficience ». Des termes repris du secteur industriel mais qui n’ont aucune pertinence dans celui de la santé.

Une belle victoire a été obtenue, mais bien d’autres secteurs sont en souffrance. Espérons qu’ils prennent exemple sur les transporteurs pour modifier une réalité toujours plus pénible.

Comment juges-tu la participation du personnel à la grève ?

Remarquable ! La quasi-totalité des transporteurs ont participé à la grève. Ils ont tous fait preuve d’une détermination exemplaire, et se sont montré prêts à un engagement dans la durée. Un service minimum a été assuré qui a permis à chacun de participer à la lutte. Autre aspect réjouissant : la solidarité des autres employé·e·s avec les grévistes.

Propos recueillis pour solidaritéS par Albert Nahory

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