A Sidi Bouzid, la révolution gronde toujours

Métro, 21 octobre 2011 :

Fiers d’être les instigateurs de la révolution tunisienne, les Bouzidiens se montrent de plus en plus déçus et impatients La faute à une situation sociale précaire et à un quotidien inchangé Suspicieux face aux élections de dimanche, ils n’hésitent pas à menacer de reprendre la rébellion en cas de déception.

“La révolution a débuté le 17 décembre, pas le 14 janvier” (date de la fuite de Ben Ali) : le slogan est porté par tous les murs de Sidi Bouzid, ou peu s’en faut. Manière de rappeler que c’est ici, dans ce chef-lieu de 40 000 habitants, à plus de 250 km de la capitale, qu’est né le Printemps arabe. “On a parfois l’impression qu’à Tunis on veut oublier que, pendant dix jours, nous avons mené le combat seuls”, témoigne Lamine Bouazizi, professeur à l’Institut national du patrimoine.

Alors, pour qu’on n’oublie rien, rien n’a été effacé. Rebaptisée Mohamed Bouazizi*, l’artère principale de cette oasis urbaine perdue au milieu des vergers d’amandiers et d’oliviers porte les stigmates des combats. Sur toutes les administrations, écoles ou commissariats, subsistent les appels au soulèvement.

A l’ombre des ficus, toutes les terrasses bruissent de discussions politiques. “Depuis dix mois, la politique est omniprésente, on débat de tout et de n’importe quoi”, opine Sayf Nsiri, 34 ans, blogueur durant la révolution.

Mais, pour Lamine Bouazizi, le temps de l’euphorie est révolu. “Cette liberté d’expression, c’est le seul gain de la révolution. Car les problèmes de l’ère Ben Ali, eux, persistent.” Enclavée au centre du pays, la ville n’a pas de zone industrielle. Seuls les innombrables garages des faubourgs, et le marché, dont les étals envahissent le moindre recoin du centre-ville, témoignent d’une faible activité économique.

Avec plus de 8 000 diplômés sans emploi, triste record national, Sidi Bouzid n’a cessé de voir le chômage s’amplifier. La révolution est devenue permanente. Sit-in, manifestations et piquets de grève se succèdent dans les hôpitaux, les écoles et les administrations. Cette semaine encore, le tribunal a fermé ses portes quelques heures. “Les revendications sont toujours les mêmes : titularisation du personnel vacataire, hausse des salaires et améliorations des conditions de travail”, détaille maître Khaled Aouaïania, avocat à la Cour de cassation.

Quant aux élections de dimanche (huit sièges à l’Assemblée constituante sont en jeu), elles n’inspirent pas plus d’optimisme. Seulement la moitié des électeurs potentiels se sont inscrits et un seul mot revient dans leur bouche : “Méfiance”. “Beaucoup ont l’impression que les anciens benalistes sont revenus”, témoigne Lamine. Quant aux autres, surtout dans les campagnes, ils iront voter Ennahda [le parti islamiste], persuadés que l’islam est attaqué”, se désole-t-il.

* Jeune vendeur ambulant tunisien qui s’est immolé le 17 décembre 2010. Sa mort est à l’origine des émeutes qui concourent au déclenchement de la révolution tunisienne.

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