Procès de l’amiante à Mont-de-Marsan

Sud-Ouest, 11 octobre 2011 :

Un énième procès pour tenter de faire reconnaître la « faute inexcusable » des anciens employeurs concernés par la fibre toxique avait lieu hier matin à Mont-de-Marsan.

Le combat n’est pas nouveau mais il est capital. Plus un mois ne passe, en effet, sans que les tribunaux ne soient saisis par des victimes de l’amiante. Les objectifs sont toujours les mêmes : faire reconnaître par la justice « la faute inexcusable » des anciens employeurs concernés par la fibre toxique, obtenir quelques indemnités pour les anciens salariés et leurs familles et surtout éviter que cela puisse se reproduire. Et si la jurisprudence civile donne quasi systématiquement raison aux demandeurs – du moins dans les Landes -, la défense des entreprises mises en cause fait chaque fois froid dans le dos…

Nouvel exemple en a été donné hier matin à Mont-de-Marsan. Le tribunal des affaires de Sécurité sociale était chargé de se pencher sur les requêtes de deux anciens employés de la centrale de production thermique d’Arjuzanx, encore elle. Un site d’extraction de lignite exploité par l’entreprise EDF depuis 1959 et qui, rappelons-le, a vu défiler pas moins de 1 326 agents jusqu’à son démantèlement en 1992.

Le premier demandeur, Alain Lagareste, est décédé il y a un an après avoir contracté un cancer broncho-pulmonaire. Il avait 62 ans. Le second, Jacky Duclerc, 75 ans, souffre de plaques pleurales aux poumons, une maladie que l’on retrouve dans tous les cas d’exposition à l’amiante. Les deux hommes ont travaillé plus de 20 ans dans la centrale et la mine d’Arjuzanx. Et les deux pathologies ont été reconnues par la CPAM comme des maladies professionnelles.

Qu’à cela ne tienne, la défense expressément dépêchée de Paris par la société EDF-ERDF a plaidé consciencieusement « l’absence totale de faute » de l’entreprise. Faisant fi de la douleur des victimes, de leurs familles et de leurs soutiens, faisant fi également des nombreux jugements qui ont donné raison aux anciens d’Arjuzanx, la jeune avocate a même assuré sans aucun trémolo qu’au regard des faits rapportés, il ne pouvait exister « aucun lien de causalité entre ces maladies et une quelconque exposition à l’amiante ». Pire, elle a avancé au sujet de l’un comme de l’autre qu’il n’y avait « jamais eu de contact direct et significatif avec l’amiante ».

Ces maladies pourraient, selon elle, trouver leurs origines dans « une consommation de tabac ou toute autre cause ». Des causes « extraprofessionnelles », évidemment…

Un écœurement partagé

Silence obligé dans la salle. Les consignes habituelles visant à ne surtout pas réagir durant l’audience seront respectées jusqu’à la fin de la séance, une demi-heure plus tard. Les langues ne pourront en revanche s’empêcher de se délier au sortir du palais de justice. « Comme tous mes anciens collègues, je suis écœuré », commente au nom de tous l’ancien électricien, Jacky Duclerc. Un an après la découverte de ses premiers symptômes, le retraité vient de subir un nouveau coup dur. « Comment peut-on oser prétendre ainsi que nous n’étions pas en contact avec l’amiante ? Il y en avait partout. À l’époque, nous coulions même les joints d’amiante entre la machine à boisson et le guichet du magasin, c’est dire. Ce que je viens d’entendre, c’est tout simplement révoltant ! »

Inutile d’en dire davantage. Et pourtant… L’amiante était là et bien là. La soixantaine de personnes présentes hier matin ne le sait que trop bien. Elles le jureraient sur la tête de leurs enfants. Comme leurs confrères ouvriers de la Ceca de Parentis, de la papeterie Landes Gascogne de Mimizan ou de l’ancienne Cellulose du pin de Roquefort, toutes ont avalé et ravalé des fibres tueuses durant des années.

Pas la peine, en effet, de se fier à un Sénat qui estimait, dès 2005, qu’une centaine de milliers de victimes de l’amiante serait recensée en France en 2025 pour mesurer l’ampleur du problème. Rien que sur Arjuzanx, et documents à l’appui, le syndicat CGT dénombre déjà 108 victimes de l’amiante et pas moins de 32 décès.

Le jugement qui a été mis en délibéré et qui sera rendu le 12 décembre prochain donnera d’ailleurs très vraisemblablement raison à ces deux nouvelles victimes. La règle locale veut ainsi que la faute inexcusable d’EDF soit retenue du côté du civil. Jamais une telle requête n’a en revanche abouti à ce jour sur le front du pénal. Une action unique en France est toujours à l’étude. Elle avait été intentée dès 1998 par les anciens d’Arjuzanx.

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