Travailleurs et étudiants dans la rue

Des manifestations massives ont eu lieu jeudi 25 août dans plusieurs villes du Chili à l’appel des principaux syndicats du pays, dans le sillage de la contestation étudiante qui dure depuis trois mois. C’est le plus important mouvement de protestation depuis la fin de la dictature en 1990.

Des étudiants et des travailleurs attendent devant une file de policiers anti-émeute pendant une manifestation à Santiago, 25 août 2011. 

« C’est une journée historique, celle de l’une des plus importantes manifestations depuis le retour de la démocratie au Chili »,s’exclame le quotidien argentin La Nación au lendemain de la grève générale de deux jours convoquée par la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT), la principale centrale syndicale chilienne. 600 000 manifestants selon les organisateurs, 175 000 selon le gouvernement ont en effet marché dans les rues de Santiago et des principales villes chiliennes le jeudi 25 août pour réclamer notamment une nouvelle Constitution et soutenir le mouvement des étudiants et lycéens qui, mobilisés depuis bientôt trois mois, demandent la refonte du système éducatif.

La plupart des grands quotidiens chiliens, très conservateurs, titrent pour leur part, à l’image de la Tercerasur le fait que « les manifestations n’ont pas réussi à paralyser le pays » et sur les incidents violents qui ont émaillé ces deux jours de contestations. « Ce sont les manifestations les plus violentes de ces quatre dernières années », affirme ainsi La Tercera, relevant les heurts entre manifestants, casseurs et policiers qui ont eu lieu dans le centre de Santiago à la fin de la manifestation.« Il faut être juste. L’appel de la CUT n’aurait pas eu le même impact sans l’energie des étudiants qui grâce à leurs réclamations ont mis en relief toutes les plaintes des citoyens », souligne le quotidien argentin Página 12. Etudiants et lycéens, déployant des trésors de créativité, manifestent presque quotidiennement depuis début juin pour réclamer une éducation gratuite et de qualité pour tous. Le système éducatif chilien est parmi les plus onéreux et les plus inégalitaires du monde. L’Etat ne consacre que 4,4 % du PIB à l’éducation. Seuls les enfants des familles les plus riches peuvent bénéficier de l’enseignement de qualité dispensé dans des institutions privées. Les autres doivent se contenter d’établissements semi-publics, qui restent chers, ou publics, aux mains des municipalités (depuis le régime de Pinochet), connus pour leur manque de moyens et leur mauvais niveau. La plupart des Chiliens s’endettent pour pouvoir faire des études universitaires.

La principale leader de la contestation étudiante, Camila Vallejo, a réfuté les affirmations du gouvernement disant que les syndicats profitaient de la mobilisation étudiante. « Travailleurs et étudiants ont toujours été ensemble. La demande des étudiants est une demande sociale, une réforme de l’éducation qui est une réforme structurelle qui concerne le peuple chilien et nos familles », a-t-elle assuré. « L’image de Camila Vallejo assise à côté des principaux dirigeants syndicaux appelant à la grève marque un tournant dans la contestation étudiante qui ajoute maintenant à son agenda le changement de modèle économique et politique », suggère El Mostrador.

Le webzine chilien souligne « les déclarations maladroites dugouvernement au cours de ces journées de grèves et notamment celle du gouverneur de la région de Biobío qui a assuré que la contestation était due à l’augmentation du nombre d’enfants nés ces derniers temps en dehors du mariage » ou celle du ministre de la santé qui a mis en doute la grève de la faim qui avait été entamé par une poignée de lycéens.

Le quotidien argentin Página 12 a souligné pour sa part la présence du président du Parti socialiste chilien dans les manifestations qui a « fait un mea culpa au nom de la Concertation », la coalition de centre- gauche qui a gouverné pendant vingt ans le Chili depuis la fin de la dictature jusqu’à l’élection du conservateur Sebastián Pinera élu en décembre dernier.  « Je participe avec beaucoup d’humilité parce qu’en 20 ans de Concertation, nous avons pris part aux abus et je crois qu’il est temps de prendre en charge les problèmes de fond. Et si la seule façon que ce gouvernement le comprenne c’est d’avoir les gens dans la rue il n’y a pas d’autre alternative », a affirmé Osvaldo Andrade. De nouvelles manifestations sont prévues le 11 septembre prochain, jour anniversaire du coup d’état de 1973.

26.08.2011 | Anne Proenza | Courrier International.

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