Salaires : La colère gagne aussi les salarié(e)s des PME

Sud Ouest, 12 juin 2011 :

«Quand les salariés ont souhaité se mettre en grève, je les ai prévenus : « Il va falloir tenir au moins dix jours. » En fait, ça a duré quatorze jours, et on a fini par gagner. » Olivier Magique, responsable CGT du site Onet de Châteaubernard (Charente), a été l’un des acteurs majeurs d’un des conflits sociaux les plus symboliques de l’hiver. Il s’est déroulé dans le monde de la sous-traitance de la grande verrerie Saint-Gobain-Verallia de l’agglomération cognaçaise.

C’est une pratique courante dans les grands groupes, où les salariés directs sont souvent correctement payés : des tâches peu qualifiées sont externalisées à des entreprises fréquemment présentes sur le site même et qui pratiquent des salaires beaucoup plus bas.

« C’est la misère »

À la verrerie Verallia, la société marseillaise Onet, spécialisée dans l’externalisation en tous genres (nettoyage, etc.), s’est ainsi vu confier deux missions : la gestion de l’atelier logistique et le retriage des bouteilles, assuré pour l’essentiel par des femmes.

Les quelque 70 salariés d’Onet du site ne roulent pas sur l’or. « Il s’agit souvent des gens de 25 à 30 ans, qui en sont à leur premier CDI, après des CDD et des intérims, poursuit Olivier Magique. Ils ne gagnent pas plus de 1 150 à 1 250 euros par mois. S’il n’y a pas les parents derrière, c’est la misère. Autant dire qu’un quasi-demi-mois de paie en moins pèse très lourd. »

Et pourtant, la quasi-totalité des salariés de la logistique et une dizaine d’employées du retriage se sont lancés dans le conflit.

Il faut dire que, outre le bas niveau de rémunération, les conditions de travail ont fini par pousser les salariés à bout. « Onet n’avait en propre ni sanitaires ni douches sur le site. Pour faire ses besoins, il fallait aller chez Saint-Gobain en jouant à cache-cache. Mais, quand on travaillait le week-end, les locaux de Saint-Gobain étaient fermés. On était obligés d’aller dehors. Pour les femmes, c’était particulièrement compliqué. »

Comme souvent, c’est à l’occasion des négociations annuelles obligatoires que le mécontentement s’est cristallisé.

La direction cède

Les propositions initiales d’augmentation de salaire (1,2 %, puis 1,6 %) ont été repoussées d’un revers de main. Et, comme la grève des ateliers logistiques menaçait de perturber les expéditions de bouteilles de Saint-Gobain, Onet a bien dû finir par accorder 5,2 % de hausse salariale et par promettre de faire le nécessaire auprès de Saint-Gobain pour que la question des vestiaires et des sanitaires soit réglée.

Dans ce long conflit, les salariés auront pu, entre autres, apprécier les mouvements de solidarité de diverses organisations avec la CGT. Ils ont permis de collecter 4 000 à 5 000 euros pour soutenir la mobilisation.

La grève emblématique d’Onet fait partie des conflits qui ont marqué ces derniers mois dans la région (voir notre infographie) et qui se sont souvent produits dans des entreprises jusqu’ici sans histoire sociale.

Tel est le cas par exemple d’une des franchises girondines des pompes funèbres Roc’Eclerc, contrôlant les agences de Bordeaux et d’Arcachon. Là encore, les problèmes de salaires et de conditions de travail se posaient conjointement. « Nous dépendons d’une convention collective très peu généreuse, explique Fred Maystre, de la CGT. Un « maître de cérémonies », qui a la responsabilité d’accompagner les familles, gagne 1 070 euros par mois. »

Au surplus, les salariés dénonçaient l’insalubrité d’un dépôt de matériel non repeint depuis des lustres et où couraient des fils électriques non protégés. La direction a fini par accorder une augmentation assez substantielle aux assistants funéraires, tout en trouvant une solution de substitution pour financer les primes de 250 euros par trimestre. Mais il aura fallu, pour ce résultat, une grève de plusieurs jours dans une entreprise qui n’en avait jamais connu jusqu’ici.

Forcer les gens au départ

L’usine Foresa d’Ambarès (Gironde) n’est pas non plus familière des conflits. Le dernier arrêt de travail sur le site de ce groupe chimique espagnol spécialisé dans la fabrication de colles et de formol pour papeterie remonte à 2000. Et pourtant, 19 salariés ont tenu bon pendant dix-sept jours dans un conflit qui n’était pas centré sur les salaires mais sur l’organisation du travail. « La direction espagnole et portugaise du groupe a voulu nous imposer des méthodes inacceptables, et qui comportaient des risques pour une usine comme la nôtre, de type Seveso 2, commente Gilles Bouey, délégué CGT. Elle voulait forcer les gens au départ. Il y avait eu six ruptures conventionnelles de contrat dans les mois précédents. »

Après plus de deux semaines de grève, les salariés, pour lesquels 5 800 euros avaient été réunis dans le cadre d’une collecte, sont repartis au travail sans rien obtenir dans l’immédiat. Mais leur longue détermination n’aura pas été vaine. Sous la pression de l’Inspection du travail, mais aussi, semble-t-il, de la Dreal, chargée de l’inspection des installations classées, une nouvelle organisation est en train de se mettre en place, avec des embauches à la clé.

À Ambarès comme à Cognac ou aux pompes funèbres Roc’Eclerc, des salariés n’ont pas hésité à se mobiliser pendant des jours ou des semaines pour lutter contre une situation qui leur paraissait inacceptable. Et le fait que ces conflits soient survenus dans des entreprises ou des sites sans grande tradition de lutte est peut-être le signe que la patience d’une bonne partie du corps social est à bout.

Une réponse à “Salaires : La colère gagne aussi les salarié(e)s des PME

  1. C’est scandaleux pendant que les prix augmentent de 10 a 40% sur certains produits, les salaires augmentent d’a peine 2%! Je ne sais absolument pas ou l’on va et @ quoi ressemblera le monde de demain!

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