A propos de l’affaire DSK

Article paru dans « Communisme-Ouvrier n°10« , bulletin de l’Initiative Communiste-Ouvrière :

Tout, ou presque, a été écrit, sur l’affaire Dominique Strauss- Kahn, y compris les plus vulgaires insanités. En témoignant de son soutien à Strauss-Kahn, la classe politique a fait preuve du plus grand cynisme. Sans se prononcer sur le fond, puisque c’est à la justice américaine de le faire, on retiendra surtout les apitoiements sur l’accusé qui est riche, mâle et blanc, et le torrent de haine sur la plaignante, ouvrière, femme et noire. L’affaire révèle les préjugés machistes de la classe politique et des journalistes, toutes les représentations dangereusement erronées sur le viol. Malgré des avancées gagnées par des décennies de luttes féministes, le viol reste un tabou. On continue de chercher la culpabilité fautive de la victime et de minimiser la responsabilité de l’agresseur.

Ce procès a une évidente valeur symbolique, comme une métaphore du monde actuel. Une affaire comme celle-là ne peut se produire que dans un contexte social donné. Elle a lieu dans un monde où un homme riche et puissant peut croire qu’il est au dessus des lois ; dans un monde où le viol d’une ouvrière peut être assimilé à un « troussage de domestique » par un représentant de la classe dominante ; dans un monde occidental où l’égalité hommes femmes, arrachée de haute lutte, n’existe que dans les lois, alors que les inégalités les plus criantes continues de régner dans les faits ; dans une société où le témoignage de la femme violée reste systématiquement mis en doute.

Est-ce que Nafissatou Diallo serait parti vivre aux États-Unis si son pays natal n’était pas classé parmi les pays pauvres très endettés ? Serait-elle partie l’année même où les plans du FMI étaient mis en application ? Nous n’en savons rien, mais nous savons combien de personnes sont contraintes de quitter leur pays, leur famille, leurs amis, par la faute de la dette délirante accumulée par des chefs d’État imbéciles et véreux, de la pauvreté, du chômage, de la brutalité des plans de « restructuration », du FMI. De cela aussi, nous jugerons un jour les dirigeants des institutions internationales pour leurs responsabilités.

Nous n’avons pas une confiance excessive dans un système où la liberté s’achète à coups de millions ; où la chasse aux ragots et aux fuites est une industrie ; où toutes les mesquineries du droit bourgeois sont mises en œuvre, mais nous sommes de tout cœur avec la victime et nous souhaitons que la vérité triomphe.

Nicolas Dessaux

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s