Coupe du monde de football : un syndicat pointe le Qatar du doigt

Tribune de Genève, 5 juin 2011 :

Un rapport fustige les conditions de travail dans ce pays du Golfe, qui entame la construction des stades pour le Mondial de 2022

Comme chaque été, la température atteindra jusqu’à 45 degrés au Qatar en juin 2022. Logiquement, les neuf nouveaux stades ainsi que les trois enceintes rénovées seront donc dotés d’un système de climatisation afin de maintenir le thermomètre sous la barre des 30 degrés. Pour le confort du public et des joueurs. En revanche, les milliers d’ouvriers népalais, philippins ou afghans qui les construisent n’en bénéficient pas dans les «taudis» que leur offre pour logements cet Etat, le plus riche du monde si l’on considère le PIB par habitant – 88 200 dollars. Les «chambres» où se parquent jusqu’à dix personnes se trouvent à quelques encablures du luxe le plus obscène.

Profitant de la réunion en cours à l’Organisation internationale du travail et des élections de mercredi dernier à la présidence de la Fédération internationale de football (FIFA), la Confédération syndicale internationale (CSI) a publié mercredi un rapport pour dénoncer «le coût humain que paie l’importante main-d’œuvre migrante» du Qatar. Le syndicat, qui représente 175 millions d’employés dans le monde, entend faire pression sur la FIFA et l’hôte de la Coupe du monde 2022 pour améliorer le sort de ces immigrés qui composent les trois quarts de la population du Qatar.

Séquestration systématique des passeports par l’employeur, visas de travail liés à l’entreprise, salaires de misère et souvent versés avec des mois de retard, voire pas du tout, droits de faire grève et de se syndiquer matériellement impossibles: les vingt-cinq pages du rapport compilant témoignages, statistiques et législations évoquent le statut du serf au Moyen Age, dans un pays où la population active est composée à 94% d’immigrés. Ces conditions ne concernent que les ouvriers du bâtiment.

La situation des employés domestiques fait encore plus froid dans le dos. En 2010, elles étaient 1000 parmi les seules Philippines à s’être réfugiées dans le Bureau du travail qu’a ouvert le gouvernement de Manille à Doha. Un tiers d’entre elles ont dénoncé des maltraitances physiques, 75 des abus sexuels. Toutes se plaignent d’horaires insensés, de salaires insignifiants et de l’impossibilité d’en référer à quiconque. Les quelque 48 000 employées domestiques que compte le pays sont spécifiquement exclues de la – maigre – loi sur le travail.

Au total, le Qatar envisage d’investir quelque 100 milliards de dollars en vue de la Coupe du monde. Hormis les stades, des hôtels seront construits, les réseaux routiers et ferroviaires seront améliorés. Une manne qui devrait doper la croissance déjà élevée de la péninsule, mais qui, pour peu que les choses continuent ainsi, ne profitera pas ou si peu au million d’immigrés supplémentaires attendus pour réaliser ces travaux.

En sus des rares progrès accomplis, relève le CSI, les autorités de Doha promettent des changements. De telles révélations les embarrassent, tout comme les injonctions réitérées des Etats-Unis ou de l’Union européenne.

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