L’exception de New York : 75% de syndiqué(e)s dans l’hôtellerie

En France, l’inculpation de DSK pour tentative de viol à l’encontre d’une employée d’hôtel a fait ressurgir les pires déclarations machistes de bien des politiciens. La palme du machisme et du mépris de classe revient à Jean-François Kahn qui a osé parler d’un « simple troussage de domestique », véritable feu vert pour tous ces patrons qui croient que le droit de cuissage est inscrit dans le code du travail. Et les travailleuses de l’hôtellerie sont, partout dans le monde, particulièrement exposées aux violences sexuelles. Ce qui, dans ce secteur comme dans bien d’autres, est exceptionnel, ce n’est pas tant la violence mais que des salariées osent la dénoncer. Et le côté exceptionnel de New York, c’est qu’on y a le plus fort taux de syndicalisation au monde dans le secteur de l’hôtellerie, comme le rappelle cet éditorial daté du 20 mai du New York Workers Union (syndicat des travailleurs de l’hôtellerie de New York).

New York est le mauvais endroit pour les prédateurs de travailleuses de l’hôtellerie.

C’est un fait regrettable qui attire peu l’attention des médias ou du public, que les travailleurs du « secteur de l’hôtellerie » souffrent en silence d’exploitation, presque partout.

Habituellement, ils font un travail éreintant et souvent dangereux en échange de salaires honteusement bas, et peu, sinon pas, de protection sociale. Habituellement, ils travaillent à la demande, et leurs moyens de subsistance dépendent non seulement des fluctuations quotidiennes d’une industrie volatile, mais aussi des caprices de petits chefs qui exercent sur eux un pouvoir arbitraire.

La plupart des travailleurs de cette industrie ne sont pas syndiqués et ont, donc, peu de droits vis-à-vis de leurs employeurs, même sur le papier, et encore beaucoup moins dans la pratique. Ils peuvent être punis ou sanctionnés, congédiés ou tout simplement privés de travail, sans motif, à tout moment. Les travailleurs non syndiqués qui se trouvent également être des sans-papiers – une grande proportion de l’effectif total dans l’industrie hôtelière des États-Unis – vivent presque entièrement sans la protection de la loi. Pour ces raisons, les employeurs en général, s’estiment libre de maltraiter les employés, de les duper, d’ignorer leur sécurité, de les dépouiller de leur dignité, et de violer même les quelques misérables droits légaux qui existent en théorie, en sachant qu’ils peuvent le faire en toute impunité. Ainsi, les employés de cette industrie, à travers le monde, ont généralement trop peur pour se plaindre de quoi que ce soit.

La philosophie de gestion dans ces entreprises de services de luxe s’attend à ce que les employés se comporter avec une servilité extrême envers les clients (les «hôtes»). Le mot d’ordre, «le client a toujours raison», influe fortement l’industrie, du moins dans son attitude envers les employés. Cela encourage une atmosphère dans laquelle les travailleurs sont virtuellement invisibles au public, sauf peut-être à certains individus qui voient en eux des proies faciles.

Les entreprises de l’«Accueil», avec l’aide des politiciens, des avocats, et des publicistes qui les servent, travaillent d’arrache pied pour garder les employés tête basse et serviles, tandis que pétille image publique de leur industrie.

Ces conditions existent partout dans le monde, sauf dans certaines enclaves, comme la majorité de l’industrie hôtelière (mais malheureusement pas la majorité du secteur de la restauration) à New York, et des segments de certains autres grands marchés hôteliers en Amérique du Nord. [Ces enclaves existent] parce que ce sont les endroits où les travailleurs ont des syndicats forts. Même en Europe, la plupart des travailleurs de hôtellerie ne les ont pas.

Dans l’industrie hôtelière mondiale, la ville de New York a le plus fort taux de syndicalisation (75%), et les employés d’hôtel ici ont le syndicat le plus fort avec le meilleur contrat. Ils bénéficient des salaires les plus élevés de l’industrie, d’excellents avantages sociaux, une sécurité de l’emploi forte, de bonnes conditions de travail, et des droits prud’homaux puissants. Ils ont aussi un syndicat militant – leur propre organisation, gérée et financée non par des riches donateurs mais par eux-mêmes – qui fait valoir vigoureusement ces droits.

Par conséquent, cette île-enclave est l’un des seuls endroits sur terre où la plupart des travailleurs de l’hôtellerie n’ont pas peur de s’exprimer et de demander justice.

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