Des ouvriers portugais lassés d’être traités « comme des animaux »

La Provence, 4 mai 2011 :

Aix-en-Provence : Salariés d’un sous-traitant de GDF Suez, ils sont en grève sur un chantier.

Planté un piquet de grève sur leur chantier, avenue de Tübingen à Aix, comme nombre de leurs collègues, tous Portugais, et salariés de Procme, un peu partout en France. La société, qui est un mastodonte du bâtiment au Portugal, a une filiale française à Ramonville, près de Toulouse. Laquelle a pour donneurs d’ordre, entre autres, Gaz de France. C’est le renvoi de cinq ouvriers tous syndiqués à la CGT, qui aurait déclenché la mobilisation. La goutte d’eau qui fait déborder le vase des « humiliations ». Lassés d’être sous le joug, selon leur dire, d’une direction qui les traite comme « des animaux ». Sur les 180 salariés de l’entreprise, tous sont domiciliés au siège de la société à Ramonville.

« Nous n’avons pas d’adresse pourtant nous avons tous des comptes bancaires en France, où nous payons nos impôts », raconte l’un. Un subterfuge, selon eux, pour éviter de payer à ses salariés, qui ont un contrat de droit portugais avec Procme Portugal, des indemnités comme la loi l’impose sur les grands déplacements. « Si on appliquait la loi, comme pour des salariés étrangers qui viennent travailler en France, la société devrait payer environ 80 euros par jour pour les frais de repas, explique Manuel Antunes, délégué CGT. Les gars touchent 16 euros. Vous mangez trois fois par jour avec 16€, vous?Et pour les conditions d’hébergement, c’est n’importe quoi ». Hébergés en ce moment dans une maison à Martigues, ils dorment sur des matelas posés à même le sol et n’ont même pas un placard pour y poser leurs affaires. Sur le chantier, il n’y a ni sanitaires, ni point d’eau.

Leur espoir? Alerter les autorités et GDF Suez sur les conditions de travail jugées « déplorables » de ces ouvriers et faire appliquer la directive européenne. « La direction devrait également nous payer une fois par mois un retour au pays. Pour y avoir droit, on nous fait travailler des heures supplémentaires et le patron a l’impression d’être un seigneur parce qu’ils nous prêtent le camion de chantier » pour faire 1700 kilomètres. « Pour certains, cela fait des années que cela dure. C’est vraiment difficile », déplore Manuel Antunes. « Et puis, du jour au lendemain, on nous demande de partir sur un nouveau chantier à l’autre bout de la France ». Ou de repartir tout simplement vers le Portugal: « Quand il a su qu’ils avaient adhéré à la CGT, le patron a convoqué des ouvriers, après une journée de travail. Ils étaient en déplacement et on les a fait revenir à Toulouse. Pour leur signifier à 23 heures la fin de leur détachement ». Un argumentaire balayé dans son ensemble par Gabriel Marques, directeur de la filiale française, joint hier par téléphone. Ils dorment dans une maison sans meuble? « C’est impossible ou alors c’est eux qui les ont enlevés ». Les frais? « Tout est fait dans les règles: 25€ pour les paniers-repas, et le péage, l’essence et le véhicule payés pour rentrer au Portugal ». Les heures supplémentaires non rémunérées pour pouvoir rentrer au pays quatre jours toutes les cinq semaines? « Faux, un aménagement du temps de travail négocié ». Les raisons de la grogne? « La signification de la fin du détachement auprès de cinq salariés qui refusent d’être affectés à la maison mère », pour le directeur. La lassitude d’être corvéable à merci pour les ouvriers.

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