Aurillac : Abeil doit vivre

La Montagne, 23 avril 2011 :

Employés de l’entreprise Abeil et syndicats ont manifesté, samedi matin, dans le centre-ville d’Aurillac. Une mobilisation pour conserver les 124 emplois sur la brèche après la liquidation judiciaire de la société aurillacoise.

Malgré l’inquiétude, omniprésente sur les visages, et une colère contenue, les salariés de l’entreprise Abeil – dont la liquidation judiciaire a été prononcée le 31 mars par le tribunal de commerce -, veulent garder confiance, aller de l’avant. Samedi matin, épaulés par une intersyndicale (CGT, FSU, Unsa, CFE-CGC et CFDT), les employés ont manifesté dans le centre-ville d’Aurillac pour dire fort la nécessité de trouver un repreneur fiable et de conserver leurs postes.

Car pour l’heure, sur fond d’avenir incertain, la précarité s’est installée pour nombre d’entre eux : chômage partiel et RTT imposés composent le quotidien des salariés de la partie production. « Depuis le mois de janvier, nous avons chaque semaine deux jours chômés et une journée de RTT. Abeil continue pourtant à fonctionner, par roulement, quatre jours hebdomadaires. Et les salaires ont fait une chute conséquente… », explique Valérie, embauchée en 1995 chez le fabricant de couettes. Ces craintes, que l’engouement de la mobilisation n’éclipse pas, se lisent à chaque évocation du quotidien, dans tous les récits d’un futur aux contours flous. « Chaque jour, on fait avec, on s’adapte. J’essaie de faire le relais des informations, mais ces dernières sont minces. On ne sait toujours pas combien de repreneurs potentiels pourraient être intéressés, même si le chiffre de 8 a été évoqué », indique de son côté Joanna Kurdzielewicz, déléguée CGT Abeil.

Les mesures économiques, décidées en plein écueil, ont cependant accentué des clivages, mis à mal la confraternité entre services, regrette Michel, magasinier, comme beaucoup de manifestants : « Ce sont les ouvriers d’en bas qui chôment, pas les personnels d’encadrement et des bureaux. Pourtant, on nous avait dit que tout le monde devait être responsable, qu’il fallait partager équitablement des sacrifices. Concrètement, ce n’est pas le cas. D’ailleurs une partie du personnel n’est pas là aujourd’hui… »

Dans le cortège, qui lentement chemine depuis la place de la Paix vers la préfecture, les employés accompagnés de leurs enfants, de proches, tâchent de garder espoir. « Au boulot, on essaie de rester unis, de se serrer les coudes même si on ne sait pas ce qui va advenir », souligne Valérie.

En tête des quelque 200 personnes mobilisées, une banderole, dont le slogan claque comme un sobre impératif : « Abeil doit vivre ». Vivre pour faire vivre des familles, mais aussi pour que le bassin aurillacois ne sombre pas, a rappelé Thierry Bonhoure, secrétaire de l’Union CGT du Cantal, dans un discours prononcé devant le siège du Medef : « Nous demandons à tous les décideurs locaux, préfet, pouvoirs publics, de faire en sorte que la reprise d’Abeil se fasse dans les meilleures conditions possibles […] concentrer leurs efforts sur le maintien et le développement de l’industrie dans le bassin aurillacois comme dans tout le Cantal »… Et de citer la centaine d’emplois disparus avec la faillite de Gilet il y a deux ans.

Dans l’attente de l’annonce officielle du nombre de projets de reprise – pour lesquels les ouvriers demandent des garanties sur le nombre de postes sauvegardés, sur les conditions salariales et la solidité des repreneurs -, chacun garde patience, avec en tête des phrases du responsable de la société, Hugues-Arnaud Mayer, qui ont du mal à passer. « S’il touchait [au titre de PDG de la Société de participation du Pont-Rouge, à la tête d’Abeil, ndlr] plus de 11.000 euros par mois depuis des années, comment a-t-il pu avoir le culot de prétendre à ces salariés inquiets, il y a quelques mois, qu’il avait du mal à joindre les deux bouts et qu’il était obligé de faire ses courses dans un magasin hard discount », s’est indigné Thierry Bonhoure dans son discours.

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