Bachar al Assad contre « le règne de la populace »

TF1, 17 avril 2011 :

Lancé à la mi-mars, le mouvement de contestation syrien perdure malgré la répression et les arrestations massives. Vendredi, l’agitation a même gagné Damas. Dans la capitale, les forces de sécurité ont fait usage de bâtons et de grenades lacrymogènes pour empêcher des milliers de manifestants venus des faubourgs de marcher sur la place des Abbassides, la plus importante de la ville. Selon le principal comité syrien de défense des droits de l’homme, la répression du mouvement pour la démocratie a fait environ 200 morts depuis près d’un mois. Des remous inédits pour Bachar al Assad en 11 ans de pouvoir, et qui l’ont poussé une nouvelle fois à donner des signaux d’ouverture lors d’un discours prononcé samedi devant le nouveau gouvernement formé jeudi.

Mais ces signaux ne dépassent pas le rang de purs symboles. S’il a promis la levée dès la semaine prochaine de l’état d’urgence, en vigueur depuis 48 ans en Syrie, il a ignoré les revendications populaires en faveur d’un démantèlement du régime sécuritaire strict qui régit le pays. L’abolition de la loi d’urgence, qui fait peser une chape de plomb sur les libertés publiques, est bien l’une des principales revendications des protestataires qui réclament une libéralisation du régime. Mais Bachar al Assad avait prévenu que sa disparition, déjà annoncée, s’accompagnerait de la mise en place d’une nouvelle législation antiterroriste. Ce qui ne devrait pas changer grand-chose sur le plan des libertés.

Menaces envers « les saboteurs »

Dans son allocution prononcée samedi, le président syrien a d’ailleurs prévenu que cette nouvelle législation ne ferait preuve d’aucune indulgence envers « les saboteurs », un engagement que l’opposition considère comme destiné à maintenir les restrictions aux libertés de réunion et d’expression. « Les Syriens sont civilisés. Ils adorent l’ordre et n’accepteront pas le chaos et le règne de la populace. Nous ne serons pas tolérants envers le sabotage », a martelé Bachar al Assad. Outre cette promesse de lutter contre le « chaos » et le « sabotage », qui ne plaide guère pour une ouverture politique, le raïs syrien n’a fait aucune allusion précise aux exigences des dizaines de milliers de manifestants qui réclament depuis plusieurs jours la fin de la mainmise des puissants services de sécurité sur la vie quotidienne des Syriens, la libération des milliers de prisonniers politiques et la fin du monopole du parti Baas sur la vie publique. Et s’il a reconnu que la corruption était un problème en Syrie, il n’a annoncé aucune mesure visant à restreindre la domination de son clan sur la vie économique du pays. Alors même que son cousin, l’homme d’affaires Rami Makhlouf, s’est considérablement enrichi durant le règne d’Assad et symbolise aux yeux des manifestants la corruption régnant au plus haut niveau du pouvoir.

Le recours à la force et aux arrestations de masse, entremêlé de promesses de réformes et de concessions aux minorités ethniques et religieuses, n’ont toutefois pas réussi jusqu’à présent à convaincre la foule grandissante des protestataires, inspirés par les révolutions qui ont chassé les autocrates tunisien ben Ali et égyptien Moubarak. A quelques heures du discours d’Assad, des milliers de personnes ont d’ailleurs défilé dans les rues de la ville de Deraa, haut lieu de la contestation, dans le sud du pays, en scandant « Le peuple veut la chute du régime » – comme en Tunisie et en Egypte. Et en brandissant des posters de victimes de la répression.

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