Yémen: Les ouvriers du bâtiment se joignent aux manifestants

IRIN, 12 avril 2011 :

Sanaa : Faris Ubad, 34 ans, fait partie des centaines de journaliers qui se lèvent aux aurores pour se rendre – avec leur pelle, leur marteau ou d’autres outils – au carrefour de Dar Salm dans la partie sud de Sanaa, dans l’espoir d’obtenir une journée de travail des entrepreneurs qui y passent pour y recruter de la main d’œuvre.

Mais beaucoup attendent toute la journée en vain : Depuis le début des troubles politiques il y a quelques semaines, le secteur du bâtiment est quasiment au point mort.

« Cela fait plus de 35 jours que je n’ai plus de travail du tout… J’ai été obligé de vendre notre téléviseur la semaine dernière pour pouvoir nourrir ma femme et mes quatre enfants, a dit à IRIN Ubad, qui travaillait auparavant comme aide-maçon.

Selon de récentes statistiques gouvernementales , plus d’un million de journaliers vivent de l’industrie du bâtiment ; la plupart d’entre eux gagnent l’équivalent de 9 dollars par jour.

« Le secteur du bâtiment subit à présent une stagnation sans précédent. De ce fait, des centaines de milliers de journaliers se retrouvent sans aucun revenu, » a dit Mohammed Ayish, économiste au ministère de la Planification et de la Coopération internationale.

Investisseurs et entrepreneurs ont suspendu les projets de construction ou bien observent [les évènements] et attendent que le calme revienne.

« Les maîtres d’ouvrage nous ont dit d’arrêter jusqu’à la fin de la crise politique, » a dit à IRIN Ali Sarari, entrepreneur en bâtiment à Sanaa.

La dévaluation du rial yéménite au cours des deux-trois derniers mois a provoqué une hausse du prix des matériaux de construction comme le fer ou le ciment, et le rial a baissé de 214 à 238 pour un dollar dans le dernier mois. La Banque centrale du Yémen n’a fait aucun effort pour stabiliser le rial, a dit à IRIN l’agent de change Mohammed al-Hadhari.

Réduction de la demande en matériaux de construction

Selon l’homme d’affaires Hefdhullah al-Ansi, la demande en matériaux de construction a plongé de 70 pour cent. « Je vendais habituellement plus de 500 000 rials yéménites de matériaux de construction par jour, mais aujourd’hui, je n’en vends plus que 200 000 au maximum, » a t-il dit à IRIN, ajoutant qu’il a dû licencier quatre de ses six ouvriers.

Plutôt que de rester à ne rien faire, de nombreux ouvriers sans emploi ont rejoint les manifestations organisées par le mouvement de la jeunesse près de l’Université de Sanaa. Ils considèrent les manifestations comme une opportunité de faire entendre leurs griefs.

« Nous avons besoin de changement. Nous devons avoir accès à des soins médicaux gratuits. Nous avons besoin d’un nouveau gouvernement qui mène une bonne politique économique, » a dit à IRIN Saif Ahmad, un ouvrier du bâtiment qui campe actuellement avec les manifestants de l’Université.

Des centaines de travailleurs intermittents campent actuellement avec les jeunes manifestants près de l’Université, a dit à IRIN l’économiste M. Ayish. « Ils ont trouvé un endroit où ils peuvent avoir à manger et exprimer leurs revendications ; ils passent leur temps à participer aux manifestations anti-gouvernementales. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s