Une colère qui prend la forme d’une lame de fond à Toyota Onnaing

La Voix du Nord, 6 avril 2011 :

À part la grève de 2009, on n’avait pas l’habitude de les entendre. Eux-mêmes reconnaissent que, depuis dix ans, ils ont « toujours tenu les objectifs imposés par la direction ». Mais depuis la semaine dernière, une prime accordée à Somain a fait déborder la coupe des ouvriers de Toyota Onnaing, près de Valenciennes.

Le mouvement qui ébranle la production depuis jeudi dernier est profond. La preuve : six organisations syndicales sont derrière les ouvriers en grève et des salariés non syndiqués brandissent aussi des pancartes ou distribuent des tracts. Environ 600 personnes ont cessé le travail, déséquilibrant ainsi les chaînes de l’usine onnaingeoise : seulement 191 véhicules sur 395 voitures prévues sont sortis lundi. « On veut montrer qu’à Toyota, ça n’est pas tout rose » temporisait encore hier matin Arnaud Piesset, représentant syndical CFDT, alors que le comité de grève attendait d’être reçu par le cabinet du maire de Valenciennes. À peine pouvait-on l’entendre sur la place d’Armes où la centaine d’ouvriers, arrivée dans un concert d’avertisseurs sonores, s’était donné rendez-vous.

Au micro, un syndiqué CFTC hurlent : « De l’argent, y en a dans les caisses de Toyota », un slogan repris avec ferveur. « C’est un peu comme un père de famille qui donne à un de ses enfants et pas à l’autre », commente un salarié apparemment désorienté par la politique de la direction. Les 800 E octroyés à Toyota Boshoku de Somain et réclamés depuis jeudi dernier lors du départ de la grève sont désormais dépassés. « On veut 1 000 E de prime exceptionnelle versée immédiatement et la mise en place d’un treizième mois, comme à Sevelnord ou à Renault. » Ces salariés au pouvoir d’achat en berne entendent réclamer 100 E de plus par jour pour cette prime, tant que la direction n’acceptera pas de recevoir leur comité de grève.

« Traités par le mépris »

Plus encore, les grévistes sont très irrités par l’attitude du patron du site, Makoto Sano, qui estime que ce n’est pas le moment de mettre en avant des revendications salariales eu égard aux difficultés actuelles du Japon. Éric Pecqueur pour la CGT s’est dit « scandalisé » : « La direction veut nous donner des leçons de compassion, alors qu’elle n’a donné qu’à peine deux millions d’euros ce qui au vu des bénéfices ne représente quasiment rien pour eux. » Idem pour l’argument des négociations salariales de décembre, derrière lequel la direction se retranche : « C’est un problème social, on peut négocier toute l’année » contrecarrait un délégué CFTC encadrant la manifestation dans le centre.

Les membres du comité de grève sont sortis satisfaits de l’hôtel de ville de Valenciennes : « Nous avons le soutien de la ville, » résumait le délégué Devrainne qui regrettait par ailleurs que « la direction fasse rentrer des intérimaires sur les lignes pour remplacer les grévistes ». Du côté du cabinet de Dominique Riquet, on nous dit simplement que le maire a juste relayé les infos auprès de la direction de Toyota et demandé à ce que le comité soit reçu. Dès le début d’après-midi, la poursuite de la grève a été votée : « À 4 h 30, on sera là pour tracter et expliquer que nous faisons grève pour défendre les intérêts de tous. »

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