Multiplication des grèves et protestations pour les salaires

Editorial de « Communisme-Ouvrier n°8« , avril 2011

« Un revenu décent est notre droit humain le plus fondamental »

Multiplication des grèves et protestations pour les salaires

Depuis plusieurs semaines, en France, les grèves et protestations pour les salaires se multiplient. Il faut dire qu’il n’y a pas, en France, un travailleur qui n’ait vu son pouvoir d’achat baissé ces dernières années. Alimentation, essence, loyers, transports en commun, tout augmente sans cesse, sauf les salaires et autres revenus du travail comme les retraites et les allocations chômage. Au 1er janvier 2011, le Smic horaire brut est de 9 euros, soit 1.365 euros bruts ou, pour ce qui intéresse directement les salariés, 1.073 euros net mensuel. Et c’est avec ces 1.073 euros qu’un travailleur au SMIC doit se nourrir, payer son loyer, s’habiller, assurer l’éducation de ses enfants, etc. Avec un salaire d’à peine plus de 1.000 euros mensuels, lorsque le seuil de pauvreté en France est fixé à 950 euros par personne, cela montre combien de travailleuses et de travailleurs vivent en dessous ou juste au dessus du seuil de pauvreté. Et on ne parle là que des travailleurs qui ont un emploi à temps complet et un CDI, pas de ces 17% de salarié(e)s (dont 83,8% sont des femmes) qui subissent le temps et un salaire partiel ou de ces 13% de travailleurs précaires qui galèrent entre CDD, missions d’intérim, contrats « aidés » et périodes de chômage. Que ce soit dans les bureaux, les ateliers ou les chantiers, dans le secteur public ou privé, c’est le même cri « on en peut plus ! ». Entre les prix des produits de premières nécessités qui augmentent, les crédits à rembourser, les agios qui s’ajoutent aux dépenses… les fins de mois arrivent de plus en plus tôt.

Ce ras-le-bol des salaires qui ne permettent plus de vivre décemment, avec en plus des conditions de travail de plus en plus dures, des menaces constantes de licenciements, touche l’ensemble de la classe ouvrière. Aussi, ces dernières semaines, des luttes, grèves ou débrayages ont éclaté dans de nombreuses boîtes, surtout du privé et touchant presque tous les secteurs d’activité. A Colmar, 500 ouvriers des usines Liebherr ont manifesté et débrayé le même jour et on finit par obtenir une augmentation de 70 euros par mois. Le 23 février à l’usine Saft (production de batteries) à Bordeaux, les ouvriers ont demandé 3% d’augmentation, soit la même augmentation que les actionnaires d’une usine qui a dégagé 26 millions d’euros de bénéfices. A Avignon, depuis le 9 mars, ce sont les travailleurs de Véolia qui sont en lutte pour les salaires, multipliant les actions tant contre leur direction (investissement du siège de la boîte et courte séquestration des cadres le 10 mars) que contre les donneurs d’ordre publics de cette société privée (interventions vers le conseil municipal, la préfecture, etc.). Que ce soit dans le transport de fonds comme les employés de chez Brink’s, dans la sous-traitance automobile comme à l’usine Lisi Automotive Former de Mélisey (Haute-Saône), les salariés du groupe Auto distribution (sociétés Sansac et Cosac) à Clermont-Ferrand, les ouvriers de Toyota Boshoku à Somain ou Faurecia à Hénin-Beaumont (Nord) ou ceux d’Honeywell à Condé-sur-Noireau (Calvados), dans l’alimentation comme à la fromagerie de Beauzac (Haute-Loire), le commerce comme à Intermarché, Carrefour ou But, dans la chimie comme à l’usine Foresa d’Ambarès, chez Michelin à Montceau-les-Mines, dans l’ingénierie avec Assystem à Cherbourg, dans l’électronique comme les ouvriers de C & K à Dole (Jura), ou dans le secteur du bâtiment comme chez Lafarge-Granulats où les ouvriers ont bloqué toute livraison de matériaux le 21 mars, on est bien devant un mouvement qui touche presque tous les secteurs de la classe ouvrière, et, ce qui est remarquable y compris des entreprises et des secteurs qui ne sont d’habitude pas très revendicatifs et combatifs.

Ici ou là, des luttes ont même permis des victoires pour les travailleuses et les travailleurs. A Cognac, les ouvrières et ouvriers du nettoyage de l’entreprise Onet qui intervient comme sous-traitant du verrier Verallia ont, après 14 jours de grève, obtenu le 1er mars, une augmentation de 2,5 % à compter du 1er février, et une nouvelle augmentation de 1,7 % devant intervenir au 1er juin pour les plus bas salaires. Chez Interep, production de caoutchouc mousse à Aurey-sur-Loire, les travailleurs ont finit par obtenir une augmentation de 80 euros et une prime de 650 euros après 11 jours de lutte. Après une semaine de grève, les salariés de Prisma (presse) ont obtenu des augmentations de 3 % à 5,4 %. A la DCNS (chantiers navals), la direction, après plus d’un mois de lutte, a concédé la semaine dernière de 1,7 % à 1,9 % d’augmentation. Chez Alcan, le travail a repris début mars après la promesse de 2,8 % de revalorisation. Après trois jours de grève en février, les salariés des restaurants de Disney Village appartenant au groupe Flo ont obtenu, entre autres, l’instauration d’un treizième mois.

Ces victoires, dans des luttes isolées, permettent d’avoir une idée de ce qui pourrait être obtenu si la lutte était menée, non pas boîte par boîte, mais par l’ensemble du monde du travail, si la lutte entraînait aussi les grandes concentrations ouvrières comme Renault, PSA, le secteur public, etc. Et ce d’autant plus que les récents chiffres du CAC 40 montrent que de l’argent il y en a dans les poches du patronat. Selon un article publié par « Le Monde » indique que en « 2010, les sociétés composant l’indice CAC 40, ont réalisé globalement un chiffre d’affaires de 1.262 milliards d’euros, en augmentation de 6,92 % par rapport à l’année précédente. » Et concernant les bénéfices de ces sociétés, ce même article écrit : « le résultat cumulé des quarante sociétés de l’indice atteint 82,5 milliards d’euros, soit 85 % de plus que l’année passée. »

Vivre décemment est le droit humain fondamental de tout travailleur et de toute travailleuses. En ce début de 21ème siècle, toutes les richesses produites, les avancées technologiques, les progrès scientifiques peuvent largement offrir à chaque être humain vivant sur terre d’être libéré de la dictature du besoin et de la peur du lendemain. Le SMIC à 1.600 euros nets, une augmentation immédiate de 300 euros pour toutes et tous, et l’indexation des salaires sur la hausse des prix sont des revendications que nous pouvons obtenir, par un véritable coup de colère du monde du travail, plus puissant encore que celui de l’automne dernier. Et si la bourgeoisie refuse de nous donner les moyens de vivre décemment, qu’elle n’oublie pas que c’est nous, les travailleuses et les travailleurs qui faisons tourner ses usines, que c’est nous qui produisons toutes les richesses et assurons tous les services, et que nous avons la puissance et les moyens de prendre ce qui est notre dû : les usines et autres moyens de production ainsi que le pouvoir d’État !

Camille Boudjak, fin mars 2011

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