Grèce : salariés, chômeurs et retraités dans la rue contre l’austérité

Article de Eleftherotypia / Ta Nea publié en grec le 26 février et traduit par le Courrier des Balkans, 28 février.

Mercredi 23 février, les places et les rues de la capitale grecque ont été, une nouvelle fois, envahies par des vagues de grévistes et de manifestants. La colère des travailleurs, qui vivent sous la menace constante du licenciement et de la misère, se dirige contre le gouvernement Papandréou et le « Mémorandum » imposé à la Grèce par le FMI, l’Union européenne et la BCE. Reportage dans les rues d’Athènes.

Ce fut l’un des plus importants mouvements sociaux de cette période marquée par le mémorandum : des milliers de personnes ont répondu à l’appel du mouvement de grève générale et de manifestation lancé par les syndicats. En répondant ainsi « présent », ils ont lancé un message d’avertissement, avant l’annonce probable de nouvelles baisses de salaires à venir. Ces mesures, qui repose toujours sur l’idée de faire payer la crise aux travailleurs et aux retraités, n’ont pourtant guère de chances d’éviter l’enlisement dans la crise.

Le Syndicat des employés du secteur privé (GSEE), le Syndicat des employés du secteur public (ADEDY) et l’ensemble des salariés – dont les pharmaciens qui ont fait de nombreuses grèves ces dernières semaines – mettent le gouvernement et la « troïka » (FMI, Banque centrale européenne et UE) dans le même sac. « Prenant pour prétexte la crise économique, les problèmes de la dette publique et les mesures imposées par le mémorandum, leur politique consiste à retirer un à un tous les droits et les acquis des travailleurs et de la société, pour satisfaire aux exigences des prêteurs, des spéculateurs, des banquiers et des patrons ».

Sur le champ de Mars d’Athènes, la présence et le discours, prononcé d’une voix tremblante, d’un représentant des immigrés en grève de la faim, a été particulièrement émouvante. Ce discours a été suivi de quelques réactions du côté des manifestants – des réactions cependant peu nombreuses.

Les échauffourées avec la police n’ont pas manqué dès le début de la manifestation, mais c’est à 13h45 que le premier cocktail Molotov est tombé sur la place Syntagma, donnant le signal à une nouvelle série d’incidents. Bien sûr, ces violences n’ont pas pris la dimension qu’elles ont pu avoir dans de récentes manifestations, mais il faut souligner l’agressivité des citoyens, notamment des personnes âgées – et pas seulement « des jeunes et des gauchistes » – contre les forces de police.

« Le gouvernement applique les recettes du Mémorandum depuis 10 mois. Le résultat crève les yeux : le remède est pire que le mal. Il rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Cette situation ne peut plus durer », a déclaré le président du GSEE. Selon lui, on estime désormais qu’à la fin de l’année 2011, le nombre de chômeurs en Grèce s’élèvera à 1 million, ce qui signifie que 20% de la population active sera au chômage ou à temps partiel. « C’est sûrement le phénomène le plus lourd de la crise que vit actuellement la société grecque », a-t-il souligné.

La colère dans les rues d’Athènes

La démission du gouvernement : voilà ce que demandent les hommes et les femmes, toutes générations et professions confondues, qui sont descendus dans les rues athéniennes pendant quatre heures mercredi dernier. Des mères de famille, venues manifester avec leurs enfants, des retraités, des fonctionnaires, rencontrés dans le cortège, expliquent les raisons de leur colère.

« J’ai perdu mon travail. J’ai 50 ans. Je vis avec 350 euros par mois en travaillant comme baby-sitter. Mon fils et ma fille qui ont fait des études sont au chômage. Nous nous partageons la retraite de mes parents », raconte Christiana Chronopoulou. Elle ne croit pas que quelque chose puisse changer et n’attend aucune amélioration de sa vie quotidienne. « Nos enfants n’ont pas d’avenir. Ils essaient de trouver n’importe quel travail, même provisoire ». Selon elle, « le gouvernement est responsable à 100% pour les malheurs que nous vivons. Le FMI était un prétexte pour faire voter les mesures les plus dures. »

Thodoros Thalassountas est fonctionnaire. « Je manifeste parce que j’ai deux enfants qui font des études. Ma femme ne trouve pas de travail stable. Nous gagnons 30.000 euros par an. Si cette dure politique néo-libérale se poursuit, nos enfants n’auront pas d’avenir. Il faut une nouvelle répartition des revenus, il faut imposer les banques. Si le gouvernement a une once de patriotisme, il doit démissionner le plus rapidement possible pour sauver le pays ».

Thodoros se présente comme enseignant à la retraite et sympathisant du parti de droite Nouvelle Démocratie. « Je manifeste pour résister à l’attaque du gouvernement et de la troïka contre mes revenus. Ils m’ont supprimé une prime, ils ont ajouté le LAFKA (un nouvel impôt de solidarité qui aboutit à une diminution des pensions des retraités), ils ont augmenté le prix du ticket de transport en commun, l’indice des prix a augmenté. Ça fait des années que je n’ai pas vu d’augmentation de mes revenus… J’ai trois enfants, qui font des études poussées, qui ont appris trois langues pour finalement se retrouver au chômage ». Il demande au gouvernement de partir. « Quel que soit son successeur, il ne peut qu’être meilleur. Si cette politique ne change pas, nous continuerons à manifester, quel que soit le parti au pouvoir ».

Athina Papadopoulou est fonctionnaire. « Mon fils est parti à l’étranger après cinq ans de chômage en Grèce. Avec trois diplômes. Le deuxième est toujours au chômage. Quand quelqu’un trouve du travail, il est chanceux. Moi, je travaille depuis 30 ans. Mon salaire est désormais de 1000 euros, après les baisses qui ont été appliquées. Dans la situation où nous sommes, manifester est un devoir. Nous nous battons pour l’avenir des jeunes ».

Périclès Konstantopoulos est enseignant. « Nous sommes l’un des secteurs qui a reçu les coups les plus durs. Nous réagissons face à ces mesures et pensons que les conséquences réelles de l’austérité ne se sont pas encore faites sentir. Des postes essentiels sont supprimés dans les écoles et nous nous dirigeons à toute vitesse vers des écoles qui fonctionneront sans enseignants ».

Nora et Martha sont élèves en classe de 3e. « Beaucoup d’élèves sont venus exprimer leur solidarité avec les manifestants. Nous sommes aux côtés de nos parents, de nos enseignants, des étudiants, des travailleurs. Nous réagissons à notre façon contre les mesures injustes et et pour ne pas en être réduits à la même situation ».

Dimitra est employée à l’Autorité des statistiques nationales. « Nous sommes venus avec des collègues pour nous joindre à tous ceux qui refusent les mesures d’austérité du gouvernement. Nos salaires ont été sérieusement amputés, personne ne sait ce qui va se produire à l’avenir, et combien d’autres baisses de salaires vont encore suivre ».

Vivi Kouroyanni est retraitée de la Banque nationale. « Nous exprimons notre opposition aux mesures d’austérité, aux baisses de salaire et la baisse de qualité de notre quotidien. Nous avons travaillé des années, payé des impôts et voici ce qu’on reçoit au lieu d’une retraite digne ».

Ilias Nikas et Yorgos Skodras sont des marins. « Nous sommes venus de Kastoria et Kavalla (Macédoine) pour manifester. Nous gagnons chacun 750 euros : c’est effrayant ! »

De nouvelles mesures, annoncées par le ministre de l’Économie, visent à atteindre quatorze objectifs, qui représenteraient une économie de 25 milliards d’euros. Elles seront appliquées à partir de cette année et jusqu’en 2015, après la validation de la quatrième mouture du mémorandum. Des secteurs déjà touchés comme la fonction publique, mais aussi de nouvelles branches, celle des employés de banque par exemple, sont compris dans ces objectifs qui seront précisés d’ici la fin mars. Avec ce paquet, en lien avec un programme renforcé de privatisations, le gouvernement et la troïka espèrent faire fléchir les doutes des marchés sur la capacité de la Grèce à contrôler sa dette publique et à revenir sur les marchés pour un emprunt.

Voici, entre autres, les catégories de citoyens qui seront touchés :

  • les fonctionnaires, en particulier ceux qui perçoivent un gros salaire
  • les employés des entreprises d’utilité publique (DEKO) ;
  • les demandeurs d’emploi dans le public, puisque le nombre d’embauche sera très faible, le mémorandum prévoyant la suppression de 20 000 postes chaque année ;
  • les bénéficiaires des services des DEKO, dont les tarifs vont augmenter ;
  • les familles nombreuses et autres bénéficiaires d’aides sociales qui vont être supprimées ;
  • les retraités, dont les pensions, peuvent, en cas de besoin, être encore revues à la baisse ;
  • les personnes qui font des travaux pénibles ou exposés à des dangers sanitaires, puisque la liste de ces métiers va être revue afin de la limiter à moins de 10% de l’ensemble des salariés ;
  • les employés du privé dont les primes de licenciement vont diminuer ;
  • les employés des banques verront certaines de leurs primes supprimées, et les salaires des employés de la Banque nationale de Grèce vont diminuer ;
  • enfin, l’ensemble des contribuables puisque, fin septembre, une loi verra la suppression de certaines exonérations d’impôts (comme celle appliquée lors de la demande d’un prêt immobilier pour les primo-accédants à la propriété).

Cependant, on annonce aussi pour fin juin de nouvelles mesures pour lutter contre la fraude fiscale !

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